Maatschappij

Immigration : L’échec de l’intégration à la suédoise

5 Mei 2010
La Stampa Turijn

Au centre commercial de Rosengard.

Au centre commercial de Rosengard.

Théâtre de récents affrontements entre des jeunes immigrés et la police, les quartiers populaires de Malmö témoignent de la difficulté à intégrer une population qui semble refuser le modèle scandinave et s’enferme dans ce qui est déjà qualifié de "ghetto de la nouvelle Suède multiethnique".

La Volvo roule vite et prend l’Amiralsgatan, la route qui traverse le quartier populaire de Rosengard, le "jardin des roses" de Malmö. La musique grecque qui remplit l’habitacle contraste avec le timide printemps suédois. Andreas Konstantinidis dépasse une série de kiosques à Kebab et falafels aux inscriptions en arabe, puis pénètre une petite avenue bordée d’arbres et se gare. Au delà de la petite clôture de bois, entourée de trois HLM, on peut voir le petit terrain où Zlatan Ibrahimovic [attaquant du FC Barcelone, d'origines bosniaques, né en 1981 à Rosengrad] a donné ses premiers coups de pieds dans un ballon. Alentour, on ne voit que des femmes voilées qui rentrent chez elles avec leurs courses.

Pas un jour sans affrontements entre les immigrés et la police

Andreas Konstantinidis est le président de ce que l’on appelle ici le ghetto de la nouvelle Suède multiethnique. Il est arrivé à Malmö en 1974, l’année de l’invasion de Chypre par la Turquie. Il connaît une par une ces rues, ces immeubles, et les histoires de l’intégration difficile de ses 23 000 habitants de 170 nationalités différentes, avec une écrasante majorité de ressortissants de pays en proie à la guerre et aux conflits : Irak, Afghanistan, Palestine, Somalie. La proportion d’habitants sans emploi frôle les 90%, qui se débrouillent grâce aux fameuses aides sociales scandinaves.

Les violences de la fin du mois d’avril ne sont pas une nouveauté [entre le 28 et le 29 avril, un groupe de jeunes du quartier, le visage masqué, s’en est pris à des écoles, à des kiosques, à des poubelles et à des voitures, pour protester contre l’arrestation de l’un d’entre eux. La rébellion ne s’est calmée qu’après l’intervention de la police]. Il ne se passe pas un jour sans que  les journaux ne fassent état d’affrontements avec la police et de tensions entre les minorités immigrées et la majorité, de plus en plus restreinte, des Suédois de souche (180 000 personnes sur un total d’environ 270 000 habitants).

Les journaux soulignent qu’à l’origine des tensions, il y a le fait que la plupart des étrangers sont des réfugiés politiques. En d’autres termes : ils ne sont pas venus chercher en Suède une vie meilleure, mais ils sont seulement ici par nécessité  et ils ont fini par exporter dans ces contrées paisibles les conflits qui enflamment des pays lointains.

Une ville post-industrielle devenue schizophrène

Que faire ? Dans son petit bureau de la mairie, Mattias Karlsson, 33 ans, membre de la direction nationale de la Sverige Demokaterna, sorte de Ligue du nord à la sauce suédoise, est  clair : "Bloquer l’immigration, c’est le seul moyen. Les statistiques officielles, déjà préoccupantes, cachent la dérive dramatique de Malmö. Elles ne disent pas, par exemple, que les enfants nés de parents suédois sont devenus une minorité  par rapport à ceux dont un des deux ou les deux, sont nés à l’étranger. Dans la fonction publique, nombreux sont ceux qui ont été engagés sur le seul critère qu’ils parlent l’arabe. Dans les piscines, on organise des cours séparés pour les hommes et les femmes. La célébration des fêtes de Noël est en train de se perdre par crainte de discriminer la population musulmane. Sans parler des délits, dont 90% sont commis par des étrangers et dont 90% des victimes sont suédoises".

Karlsson ne fait pas mystère des intentions de son parti : "Aux élections de septembre prochain, nous passerons la barrière des 4% et nous entrerons au Parlement. À Malmö nous sommes déjà à 7,5%, et nous comptons bien doubler nos voix". Le fait est que, comme dans de nombreuses villes post-industrielles, Malmö semble vivre une vie schizophrène. Faite de peurs alimentées par une bonne dose de populisme facile, mais aussi de nombreuses attentes. Si d’une part la part des revenus produits par l’industrie – à commencer par l’industrie portuaire – a chuté ces quarante dernières années de 50% à 12%, de l’autre, le grand élan donné par l’immigration a contribué à abaisser l’âge moyen de la population vers des niveaux  qui font rêver le reste de l’Europe et a fait accéder Malmö au statut de ville jeune et à la mode.

"Question de point de vues" admet Kent Andersson, maire adjoint social démocrate de Malmö, avant d’expliquer : "Comme tous les grands changements,  celui que vit actuellement Malmö  a de bons et de mauvais côtés. Je le vois lorsque je présente les statistiques sur l’âge moyen des habitants. Les professeurs universitaires sont enthousiastes : ’Quelle chance, vous avez un avenir assuré !'. Si par contre j’en parle à un policer, je suis certain qu’il secouera la tête en disant ’Comme je vous plains. Vous devez avoir un de ces taux de délinquance juvénile !'. Tous les deux ont raison, mais moi je pense que mieux vaut avoir tous ces jeunes à éduquer -  quelles que soient les difficultés pour les intégrer – que de ne pas en avoir  – comme au Danemark".

Un nombre important de juifs ont peur et partent vivre en Israël

Question de points de vue, certes. Andreas Konstantinidis refuse quant à lui de baisser les bras : "Un grand nombre de ceux qui vivent à Rosengard ne se sentent pas Suédois, ne veulent pas être Suédois. Peut-être il faudrait investir plus de moyens dans l’école pour les faire changer d’idée. Or moi je crois dans le modèle de ce pays et je suis sûr qu’ils finiront par réussir, comme je l’ai fait moi-même".

Parmi les 2 000 membres de la communauté juive, ils ne sont que très peu à partager son avis : "Il se fait des illusions. Malmö est devenue une province du Moyen-Orient. Nos étudiants sont menacés de mort. Quand nous entrons dans les classes pour parler de l’Holocauste, les étrangers sortent parce qu’ils refusent de nous écouter. Beaucoup d’entre nous ont déjà fait leurs valises et sont partis en Israël".