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Grèce

Flirt avec Aube Dorée

Presseurop
4 juillet 2013

Lentement, mais sûrement, le parti du Premier ministre Antonis Samaras semble se rapprocher si ce n’est de l’idéologie, du programme de Xrisy Avgi — Aube dorée, le parti néo-nazi. Et les signes de ce jeu dangereux sont nombreux.

Interrogé par la station radio Real FM sur une éventuelle coopération entre le parti du Premier ministre Antonis Samaras, Nouvelle Démocratie (ND) avec le parti néo-nazi Aube dorée (XA), le député de ND Viron Polydoras a répondu “bien sur ! Nous sommes sensibles au fait que l’Aube dorée ait 600 000 électeurs, et qu’elle en aura un million.”

Quelques jours après, lors d’une interview sur la chaine Alpha, il a ajouté :“et je ne vous parle pas de mes 50 amis qui ont voté pour l’Aube Dorée et qui sont des gens normaux. Aube Dorée n’est pas une menace pour la démocratie. J’ai combattu l’extrême droite durant la période 1977-81. Moi, j’ai choisi les gens qui onr voté pour Aube dorée, cela vous dérange ?”

Viron Polydoras est-il le seul, parmi les élus de ND à lorgner du côté des électeurs de l’Aube dorée ? Loin de là.

Dans un article paru dans le quotidien Ta Nea, le chroniqueur Dimitris Mitropoulos évoque en effet l’existence de deux courants au sein de Nouvelle démocratie : les modérés, conservateurs, héritiers de l’ancien Premier ministre Costas Karamanlis (2004-2009), et l’aile droite, plus dure notamment en ce qui concerne les questions d’ordre public, dont fait partie Antonis Samaras.

Cette dernière s’est imposée par opposition au Parti socialiste (PASOK), accusé d’avoir accepté le mémorandum d’entente sur l’aide internationale accordée à la Grèce — que Samaras a fini par adopter une fois au pouvoir.

Une autre raison tient à la montée d’Aube dorée : s’il ne veut pas perdre du terrain face au parti d’extrême droite, le Premier ministre doit adopter une stratégie permettant de récupérer le flux des électeurs qui migrent vers XA. Un sondage de Public Issue publié en juin 2013 pour le journal Kathimerini montre que 28% des électeurs de droite seraient prets à voter pour Aube dorée, et 10% des électeurs modérés seraient prets à faire de même.

De là à imaginer une alliance entre ND et XA, il y a un pas que nul ne se dit pret à faire au sein des deux partis — du moins officiellement. Mais les signes d’une proximité entre les deux ne manquent pas, notamment en matière d’immigration. Le récent remaniement conforte cette idée : le ministre de l’Ordre public et de la protection des citoyens, Nikos Dendias, représentant de l’aile droite de ND, est parmi ceux qui ont gardé leur poste.

On lui doit entre autres l’opération de chasse aux sans-papiers “Xenios-Zeus” — le dieu de l’hospitalité, ça ne s’invente pas —, qui a été critiquée par Human Right Watch, en 2012.

Particulièrement enclin à “couvrir” les excès commis par les forces de l’ordre, Dendias est également accusé d’avoir minimisé le passage à tabac par des policiers d’un groupe de jeunes anarchistes arrêtés pour avoir tenté de braquer une banque et pour détention de kalachnikovs, en février dernier. Les policiers avaient retouché les photos des jeunes afin de masquer leurs blessures, avant de les remettre à la presse. Une autre action condamnée là encore, par Amnesty International.

Parallèlement, le projet de loi contre le racisme, demandé par l’Union européenne et préparé par l’ancien ministre de la Justice Antonis Roupakiotis — membre de la Gauche démocratique, qui a quitté le gouvernement mi-juin — a été enterré. Proposé après une série d’aggressions contre des immigrés, ce projet ne plaisait pas à la droite de ND, selon laquelle la Grèce a mis en place une loi antiraciste dès 1979.

Dernier en date à avoir fait les frais de la politique anti-immigration, le basketteur d’origine nigériane Giannis Antetokounmpo. Le permis de jouer dans une équipe grecque lui a été refusé, sous prétexte qu’il était en situation irrégulière. Il a fallu qu’il soit sélectionné par l’équipe de NBA américaine des Milwaukee Bucks jeudi 27 juin pour que Samaras le reçoive, probablement pour redorer son image.

Qu’il s’agisse d’une stratégie politique ou d’une adhésion à certaines idées d’Aube Dorée, Samaras et Dendias jouent un jeu dangereux, car rien ne prouve que c’est en droitisant leur discours et leur politique qu’ils pourront retenir des électeurs moins séduits par XA que dégoûtés des collusions entre les grands partis et las des pressions de la Troïka.

Le cartoon

"Arène antiraciste"

Je croyais que les flèches de l'axe démocratique allaient se retourner contre Aube dorée

Ils ont d'abord fait une répétition !

À terre, les leaders des principaux partis.

Dessin de Panos Maragos, paru dans To Ethnos.