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Entretien

D’Artagnan, mousquetaire d’une nouvelle Europe

Presseurop
22 novembre 2012

J’ai rendez-vous à 16h45 au Jardin du Luxembourg avec d’Artagnan. Mes collègues me regardent bizarrement et pourtant, ce n’est pas une blague. Il ne m’a pas non plus provoquée en duel. Devant le Sénat, je respire à fond et je monte d’un pas décidé vers le bureau d'Aymeri de Montesquiou-Fezensac d’Artagnan. L’héritier du célèbre mousquetaire est un sénateur français, maire de Marsan (dans le Gers) mais surtout, capitaine de la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac. Un mélange somme toute assez romantique, à l'image du personnage qui m’accueille dans un bureau…insolite. Aux murs, on trouve aussi bien une gravure représentant son illustre ancêtre (hmm, les moustaches ne cadrent pas avec ce que l’on voit dans les films…) qu'une photo de l’héritier d’Athos, mais aussi des clichés de Gabriel Byrne et de Leonardo DiCaprio (deux acteurs ayant joué dans des films sur les Mousquetaires). On abandonne – avec regret – l’idée de discuter de la nouvelle Milady – Milla Jovovic – et on commence une interview rythmée par la sonnerie du téléphone qui semble ne jamais s'interrompre.  Ce mousquetaire du XXIe siècle est aussi agile avec son téléphone portable que ne l'était son illustre prédécesseur avec son épée. 

Vous êtes le vice-président de la commission des Finances du  Sénat. Vous êtes donc au centre des discussions sur le mécanisme européen de stabilité, et de celles sur le fédéralisme…Pensez-vous, en tant que fédéraliste convaincu, que l’Europe aurait été une cause digne de d’Artagnan ?

Je ne sais pas si “la guerre pour l’Europe” est une cause noble, mais dans tous les cas, la création de l’Union européenne répondait à une question de survie : pas seulement la survie en soi mais aussi la survie face à des pays-continents, comme les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, l’Inde, le Japon… Sans l’UE, les pays européens ne sont pas grand-chose. D’Artagnan aimait l’honneur, servir sa patrie et je crois que je partage ses qualités. La devise en moins : pour les Mousquetaires c’était “tous pour un et un pour tous”. Pour moi, c’est plutôt celle de Saint-Just : “Il est impossible que l'on gouverne sans laconisme”.

Vous avez récemment déclaré, lors d'une intervention au Sénat, que “la construction européenne n'est jamais aussi stimulée que lors de crises majeures. La préfiguration d’une Europe fédérale est une révolution dans l’esprit et dans les mœurs”. Sommes-nous en train de vivre un tel moment ?

En essayant de résoudre la crise grecque et la crise de l’euro, nous avons perdu beaucoup de temps à tergiverser. Une perte de temps désastreuse pour la monnaie unique car les spéculateurs en ont profité, et les agences de notation ont pu jouer un rôle majeur. Leurs actions,  même si elles étaient de bonne foi, ont eu des conséquences négatives sur l’euro. La menace d’une dégradation permanente n’est pas une bonne chose pour la stabilité de l’euro.

En bon connaisseur de l’Europe de l’Est [spécialiste du Kazakhstan, de la Russie et des pays de l’Est, le sénateur d’Artagnan a été le représentant du président français pour l’Asie centrale entre 2009-2010], vous avez dit à maintes reprises que la confiance et l’enthousiasme qui manquent à l’UE viendront de l’Est…

Et c’est vrai. Les pays de l’Est vivent encore dans une névrose globale. Le Rideau de Fer est un poids historique dur à porter, et c’est ce poids qui les poussent à considérer encore la Russie comme un pays proche, un voisin peu sympathique. Néanmoins, les pays de l’Est représentent le futur de l’UE, son socle, il est temps pour eux de tourner la page.