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L'anglais investit les amphis

Publié le 16 septembre 2009  |   El País
Des étudiants-chercheurs allemands dans un amphithéâtre. Photo : www.auswaertiges-amt.de

Des étudiants-chercheurs allemands dans un amphithéâtre. Photo : www.auswaertiges-amt.de

 

L'Espace européen d'enseignement supérieur sera mis en place début 2010. Mais dans quelle langue va-t-on harmoniser les études ? L’anglais est de plus en plus utilisé, ce qui ne fait pas l’affaire… des Britanniques, remarque El País.

Dans quelle langue un Espagnol peut-il étudier en Pologne ? Et un Polonais en Espagne ? Un Allemand en Suède ? Un Français en Lituanie ? La richesse linguistique de l'Union est un handicap pour la concrétisation de cet espace commun universitaire européen que doit encourager la mobilité des étudiants. La lingua franca semble bien être l'anglais. Mais la construction de cet espace universitaire, qui nécessite des investissements (non seulement économiques, mais surtout organisationnels et politiques), est un chemin semé d'embûches à moyen et à long terme.

Tout d'abord, la mobilité implique que les pays d'accueil investissent dans la formation d'un étranger qui, très souvent (notamment en Espagne ou en Allemagne), débourse des frais d'inscription sans commune mesure avec le coût réel de ses études. De ce fait, le pays d'accueil se retrouve d'une certaine manière à financer la formation de la population de ses voisins sans la moindre contrepartie. Les Etats ne tiennent pas encore compte de ce déséquilibre. Par ailleurs, l'offre de formations en anglais (en particulier de formations diplômantes) reste très faible, surtout dans les pays du sud de l'UE. Des pays qui, depuis des décennies, négligent le bon apprentissage de l'anglais auprès de leur population.

Mettre l'accent sur le modèle Erasmus

Telle est la situation de l'UE aujourd'hui, à trois mois de la mise en place officielle, en 2010, de l'Espace européen d'enseignement supérieur (EEES), dont la création a été décidée en 1999 par la déclaration de Bologne et dont 47 pays sont aujourd'hui signataires. Or, pour l'heure, les gouvernements ne proposent pas de politiques ni de mesures qui permettraient de surmonter ces écueils.

La mobilité totale dans les études diplômantes restera encore longtemps une exception ; elle n'existera que dans les universités les plus prestigieuses et sur des cursus bien déterminés", estime le recteur de l'UNED [université nationale espagnole d'enseignement à distance] Juan Gimeno, qui préside également la commission aux relations internationales de la Conférence des recteurs d'universités espagnoles (CRUE). "On va mettre l'accent sur le modèle type Erasmus, autrement dit, permettre aux étudiants d'aller faire une année dans un autre pays de l'UE, mais aussi sur les doubles diplômes sur plusieurs universités, les accords entre établissements... Mais la mobilité totale se fera encore attendre de longues années.

L'anglais, lingua franca de l'université

Charles Quint disait s'adresser à Dieu en espagnol, aux femmes en italien, aux hommes en français et à son chien en allemand. Aujourd'hui il ajouterait : et en anglais avec le monde universitaire.” C'est sur cette anecdote que s'ouvre la présentation d'un séminaire organisé en décembre prochain à Bruxelles sur les stratégies que doit adopter l'UE en matière de politique linguistique à l'université. Un thème lourd d'enjeux pour l'Europe. Ces spécialistes s'interrogent : est-il préférable d'enseigner en anglais ? Ce débat pose diverses questions : comment promouvoir une lingua franca pour favoriser la mobilité tout en offrant une formation efficace et de qualité à des élèves qui étudient dans une langue étrangère ; quels peuvent être les effets sur les langues et les cultures d'une politique linguistique universitaire trop tournée vers le marché ; comment rendre ces politiques compatibles avec celles qui encouragent la diversité et le multilinguisme en Europe ?

Dans l'autre camp, les Britanniques sont aux aguets. La prestigieuse revue britannique de l'enseignement supérieur Times Higher Education a récemment consacré un éditorial à la question, sous le titre “Everyone is talking the talk”, autrement dit “Tout le monde parle la langue”. Selon la revue, “la progression de l'usage de l'anglais dans l'enseignement supérieur en Europe pourrait coûter au Royaume-Uni un avantage compétitif vital”.

Chaque pays a son modèle

Mais l'anglais sera-t-il vraiment cette lingua franca de l'université européenne ? “C'est une évidence, assène le recteur de l'UNED. L'offre britannique ne suffit pas à répondre à la demande d'études en anglais, qui est absorbée par les pays scandinaves ou les Pays-Bas, notamment, qui ont toujours proposé plus d'enseignements en anglais.” Dernier aspect à prendre en compte dans le débat sur la mobilité des étudiants, et sans doute le plus important : le financement. Qui va assumer le coût des études pour des élèves qui changent de pays ?

Car les cursus universitaires ne sont pas pris en charge par l'Etat de la même façon d'un pays à l'autre. En Espagne, les frais et droits de scolarité dans les universités publiques représentent en moyenne 12 % des aides courantes, et l'aide moyenne s'élève à 5 000 euros par an et par étudiant. En revanche, les frais de scolarité représentent en moyenne 35 % de l'aide dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis par exemple, dans certains Etats, le coût moyen par élève en terme de subvention avoisine les 20 000 euros. Au sein de l'Union elle-même, chaque pays a son modèle, ce qui complique davantage les choses.

Susana Pérez de Pablos
 

Vos commentaires

 
1 commentaires
 
 
 
 

krokodilo
22.09.2009 | 17h31

Dire que ce mouvement va nuire à la GB, c'est une farce ! L’hégémonie de sa langue lui apporte des avantages inouïs, financiers, politiques et scientifiques.
Dire que l'on construit l'UE du multilinguisme, c'est une blague, preuve en est cette volonté d'intégration de l'enseignement supérieur, en anglais. Disons les choses comme elles sont : on construit une Europe anglophone. Autrefois, de nombreux étudiants venaient en France étudier des années en français ; ce sera de moins en moins le cas. Rien d’étonnant au déclin de la francophonie au Maroc, en Algérie, au Liban, au Vietnam, en Asie en général puisque l’UE ne fait là-bas que la promotion exclusive de l’anglais…
Certains n’ont que les pays nordiques à la bouche comme exemple : leur langue dépérit dans les domaines scientifiques, voire au quotidien ; veut-on ce destin au français ?
Notre pays et nos universités sont suffisamment attractifs pour ne pas être obligés d'enseigner en anglais : offrons des facilités aux étudiants étrangers, des tuteurs, des aides aux logements, etc. et les candidats se bousculeront, comme par le passé.
Dans le cas contraire, ils feront quelques mois en anglais, vadrouilleront ici ou là dans l'UE et partiront faire un post-doc aux States ! Qui garderont les brevets des plus créatifs...

En fait, tout ce délire part d'un axiome peu convaincant : il faut de la mobilité dans l’UE, donc il faut un espace européen de l'enseignement supérieur (EEES, à ne pas confondre avec l'espace économique), mais personne n'a démontré l'intérêt de la chose. Commençons par regrouper les universités et instituts français fragmentés (mouvement déjà bien amorcé).

Cette anglicisation n'a d'intérêt que pour les pays peu attractifs (en terme d’études supérieures pour des étrangers hors-UE), alors que pour la France, c'est un sacrifice, un déclin ! Un prix très lourd pour la construction européenne… D’ailleurs, on voit finalement peu de soutiens universitaires à cette anglicisation forcenée ; et on en verrait moins encore si les contestataires ne craignaient pour leur carrière d’apparaître comme anti-anglais.

On lit souvent comme argument qu’à l’heure de la mondialisation, il faut atteindre une taille critique : il a été prouvé (et par la méthode expérimentale) que la taille ne faisait pas tout !
Pierre et Marie Curie disposaient d’un modeste local annexe, mais de gros cerveaux pour compenser.
Sans parler de toutes les questions logistiques, si délicates : subventions privilégiées aux cursus anglophones, concurrence avec les enseignants anglophones ou bons bilingues, nécessité pour de nombreux enseignants d’améliorer leur anglais, gestion complexe, etc.
Où sont les débats des instituts, doyens et chercheurs concernés ? Y a-t-il unanimité ?
On a l’impression d’une évolution voulue davantage par les politiques que les scientifiques, si l’on excepte les écoles de commerce et d’ingénieurs, depuis longtemps séduites par les sirènes du monde anglo-saxon, une sorte de fatalité.
N’est-ce pas une énième usine à gaz concoctée par l’UE ?

 

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