Politique Justice

WikiLeaks : Julian Assange teste l’euro-justice

9 décembre 2010
Dagens Nyheter Stockholm

La fiche de Julian Assange sur le site des personnes les plus recherchées par Interpol.

La fiche de Julian Assange sur le site des personnes les plus recherchées par Interpol.

L’arrestation du co-fondateur de WikiLeaks à Londres sur demande de la justice suédoise illustre les procédures communautaires qui se mettent en place. Reste à améliorer la protection des citoyens.

Julian Assange a fait la connaissance du nouveau dispositif européen de lutte contre la criminalité, plus efficace. Accusé d'agression sexuelle en Suède, il a été arrêté en Grande-Bretagne [le 7 décembre]. Son extradition vers Stockholm, où l'attend la justice, n'est probablement qu'une affaire de temps.

Il est devenu difficile pour les particuliers d'échapper à la justice. Beaucoup soutiennent d'ailleurs que la lutte contre le crime est l'objet même de l'Union européenne. Mais cette idée repose sur un malentendu. Lorsque les contrôles aux frontières ont été supprimés en Europe, la liberté de circulation s'est accrue pour tout le monde, y compris pour les criminels. Le renforcement de la lutte contre la criminalité est avant tout la suite logique – et non l'objectif – de l'intégration européenne.

Quoi qu'il en soit, cette lutte est indispensable. Il faut intensifier la coopération, notamment pour mettre un terme à la traite des femmes et des enfants. Mais n'oublions pas qu'il est ici question de l'exercice du pouvoir dans sa forme la plus directe. C'est pourquoi les citoyens doivent aussi pouvoir faire valoir leurs droits. Sur ce point, beaucoup reste faire. Par exemple, le seul objet du mandat d'arrêt européen est de permettre, dans les plus brefs délais, de livrer la personne recherchée à la justice d'un autre pays de l'UE. Nulle part, les droits de la personne ne sont mentionnés.

Ce dispositif est fondé sur la confiance des pays européens dans les systèmes judiciaires de leurs voisins. Le projet de "double incrimination" – selon lequel un délit pourrait être punissable à la fois dans le pays qui extrade le suspect et dans celui qui le juge – a par exemple été retiré. Cette affaire marque une étape importante. C'est pourquoi des règles simples devraient également être fixées en matière de droits de la personne – il ne s'agirait plus seulement d'interpréter le droit mais aussi, par exemple, de fournir une assistance juridique.

Julian Assange ne manque certainement pas de soutiens juridiques. Mais tous les citoyens devraient avoir la garantie de pouvoir être défendus dans une Union européenne de plus en plus soudée dans la lutte contre la criminalité.