Politique La vie des 28

Budget européen : Pour Londres, le vrai test de l’appartenance à l’UE commence

2 novembre 2012
The Daily Telegraph Londres

Le Premier ministre britannique David Cameron.

Le Premier ministre britannique David Cameron.

Le 31 octobre, conservateurs eurosceptiques et travaillistes ont voté un amendement demandant une réduction du budget de l’UE. Un échec pour le Premier ministre David Cameron, acculé dans une position intransigeante qui sera difficile à tenir lors des négociations à venir. Mais c’est un risque à prendre, assure le Daily Telegraph.

Le vote de la Chambre des communes réclamant une réduction du budget de l’UE pourrait bien faire date après quarante années d’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne. Si le gouvernement soutient que la décision prise mercredi soir n’a aucun caractère contraignant, il est indéniablement politiquement inconcevable que David Cameron accepte aujourd’hui ne serait-ce qu’un gel des dépenses réelles lors des négociations qui se dérouleront à Bruxelles dans le courant du mois.

Avec le soutien d’autres Etats membres, David Cameron estime pouvoir obtenir un accord sur sept ans prévoyant l’ajustement sur l’inflation des revalorisations annuelles du budget de l’Union européenne. Mais cela reviendrait toujours à donner plus d’argent à l’UE ; et les députés sont visiblement las des promesses de réformes à venir. A l’heure où les ministères, les municipalités, les hôpitaux, la police et ainsi de suite sont tous contraints de réduire sérieusement la voilure, il est inacceptable que l’UE ne fasse pas de même. A vrai dire, la question ne devrait même pas faire l’objet d’un débat. La Chambre des communes a parlé au nom d’un pays à qui l’on demande de faire des sacrifices que la bureaucratie hypertrophiée de Bruxelles refuse d’envisager.

Certes, le soutien de l’opposition à l’amendement proposé par le député conservateur Mark Reckless appelant à une réduction des dépenses relève d’un profond cynisme. Lors de chacune des 13 années du parti travailliste au pouvoir, les dépenses de l’UE ont augmenté davantage que l’inflation, et une bonne partie du rabais arraché de haute lutte par le pays a été consentie en échange de réformes des dispositifs d’aide à l’agriculture qui n’ont jamais vu le jour. Lorsque le parti travailliste a quitté le pouvoir, la contribution nette de la Grande-Bretagne avait bondi de 47%. Arguer aujourd’hui que l’UE doit réduire ses dépenses en valeur réelle témoigne d’un opportunisme grotesque.

Quoi qu’il en soit, les dés sont jetés. David Cameron regrette peut-être amèrement la défaite essuyée mercredi soir, mais l’heure est venue pour la Grande-Bretagne de prendre position contre la prodigalité et l’incontinence budgétaire de la Commission européenne. Greg Clark, le secrétaire d'Etat au Trésor, a fait savoir aux députés que la Commission avait ignoré une requête britannique invitant l’institution à examiner les coups de rabot possibles dans ses dépenses administratives, au motif que son personnel surpayé n’avait pas le temps. A l’heure où les gouvernements sabrent dans leurs propres dépenses et où certains Etats membres sont de facto insolvables, ce genre d’effronteries ne devrait plus être toléré.

Le revers de mercredi soir va au-delà de la question budgétaire. Il faut le considérer dans le contexte élargi de l’avenir (et de l’aliénation croissante) de la Grande-Bretagne au sein de l’UE. Quand on entend des ministres comme Michael Gove [ministre de l’Education] remettre ouvertement en question les mérites de notre adhésion à l’UE, on a clairement l’impression que, après quarante années passées au sein de l’Union européenne, nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Le gouvernement doit maintenant prendre le bon.

Traduction : Jean-Baptiste Bor