Politique La vie des 28

Euromythes (4/10) : On en a encore pour notre argent

26 juillet 2012
De Groene Amsterdammer Amsterdam

Les eurosceptiques se plaisent à faire remarquer que les Pays-Bas sont un des plus gros contributeurs nets de l'UE, et donc qu'ils mettent des "milliards d'euros" dans les caisses de Bruxelles. Mais les Néerlandais obtiennent-ils quelque chose en retour ? Le Groene Amsterdammer mène l'enquête.

Et si l’on comparait notre contribution à l’UE avec ce que nous recevons en retour (des subventions agricoles et des petits dons pour des régions de second plan comme le Flevoland) ? On pourrait froidement faire un calcul coûts/bénéfices. Depuis des années, les Pays-Bas comptent parmi les principaux contributeurs nets de l’Europe. Plus de deux cents euros par citoyen néerlandais et par an, soit un total de 3,6 milliards d’euros, ce qui est cependant moins que la Suède ou l’Allemagne par exemple.

On peut toutefois se demander si les avantages se résument uniquement à ces quelques milliards de subventions provenant de Bruxelles. Car ce n’est pas tout. Il ressort de certaines études que les Pays-Bas tirent un tel profit de l’Europe que leur contribution nette est presque insignifiante en comparaison. Selon Hans Vollaard, politologue à l’université de Leyde, “il faut considérer la somme versée comme une sorte de contribution au libre marché”. Le Bureau central du Plan a calculé assez précisément ce que cette contribution a rapporté en 2011 : le libre marché intérieur a représenté en moyenne pour les Néerlandais un mois de salaire par an, et l’euro au maximum une semaine de salaire. Bien plus par conséquent que la dépense nette. Comment est-ce possible ? Harald Benink, professeur spécialiste de la banque et de la finance, l’explique : “Les deux tiers de nos revenus nationaux proviennent des exportations. Les trois quarts de ces exportations sont à destination de l’Europe. Le libre marché est par conséquent d’une extrême importance.”

Il est difficile d’évaluer quel serait le volume des échanges commerciaux en l’absence d’un marché intérieur, mais ces chiffres n’ont rien d’exagéré selon Harald Benink. La plupart des autres études annoncent des avantages nettement supérieurs. Nico Groenendijk, professeur de politique économique européenne, fait remarquer que les avantages mesurables sont en fait infinis: la sécurité et la stabilité constituent un profit incalculable.

Il faut cependant resituer ce “profit” dans son contexte. Sans doute peut-on parler de profit pour les Pays-Bas, mais pas pour tous les Néerlandais. Il suffit de penser aux ouvriers du bâtiment, qui perdent leur emploi en faveur des plâtriers polonais. Les détracteurs de l’Europe continuent par ailleurs de se demander pourquoi les Pays-Bas, pour accéder au marché intérieur, doivent verser une contribution supérieure à celles d’autres pays. La notion de solidarité, de participation financière au développement des régions pauvres, est souvent la réponse donnée à cette question. Mais, en réalité, le marché intérieur rapporte plus aux pays riches qu’aux pays pauvres. Selon Josef Janning, directeur des études du Centre de politique européenne (EPC), “un pays comme l’Allemagne en profite davantage : l’Allemagne peut exporter à tout-va, alors qu’autrement, elle se serait heurtée aux frontières nationales et au sentiment anti-allemand. La plupart des pays développés peuvent évincer les produits locaux des marchés dans les pays moins développés. C’est aussi le cas des exportations néerlandaises.” Autrement dit, nous sommes peut-être des contributeurs nets mais, à bien des égards, nous sommes des bénéficiaires nets.

Lire le troisième "Euromythe" : Budget européen, peu d'argent, trop de gaspillage

Traduction : Isabelle Rosselin