Economie

Crise

Les PIGS cherchent la solution

Publié le 04 février 2010  |   Presseurop
L'euro est mis à rude épreuve par les pays fragilisés par la crise. Photo: Peter Cade

L'euro est mis à rude épreuve par les pays fragilisés par la crise. Photo: Peter Cade

 

Portugal, Irlande, Grèce, Espagne : sous la pression de l'UE, les quatre pays de la zone euro les plus fragiles - les "PIGS" - tentent de redresser leur situation économique. Les moyens sont différents, mais les incertitudes restent les mêmes, estime la presse européenne.

Le 3 février, la Commission européenne a approuvé les mesures fiscales annoncées par le gouvernement grec pour rétablir les finances du pays. Le programme présenté par le Premier ministre Georges Papandréou inclut "des mesures d'austérité accrue comme un gel des salaires du secteur public, une réduction de 10% des primes des fonctionnaires et une augmentation du prix de l'essence", explique Kathimerini. Les Vingt-Sept vont "suivre de près" la mise en œuvre de ce plan, prévient le quotidien athénien.

Pourtant, pointe Dilema Veche à Bucarest, "il est impossible d'obliger un pays souverain, respectable car membre de l'UE et de la zone euro, de dépenser moins." Le risque est que l'UE continue d'être considérée comme "une entité bêtement gentille, le pigeon idéal entre les mains des vilains", mais on ne peut pas pour autant laisser la Grèce s'effondrer. Cela reviendrait, note Dilema Veche, à "attacher ensemble deux prisonniers avec des menottes, puis leur faire comprendre que les lois de la gravitation s'appliquent différemment à chacun !"

Un fort attachement politique à la zone euro

En attendant, commente Kathimerini, Georges Papandréou a été élu parce qu'il suscitait l'espoir. Mais il a dû céder "sous la pression des marchés internationaux". La droite et l'extrême droite soutiennent cette austérité, mais "la question de savoir s'il y aura une forte réaction de l'opinion publique reste ouverte". Et tandis que la situation actuelle du pays signe "l'immense échec" des gouvernements depuis 30 ans, les coupes dans les dépenses des ministères et la réduction du budget du Parlement risquent "d'affaiblir un peu plus le système politique".



"La Grèce est la ligne de front d'une plus large bataille pour rester sur le chemin exigé par l'Union monétaire, écrivent les économistes Nouriel Roubini et Arnab Das dans le Financial Times. L'attachement politique à la zone euro de tous les pays à la traîne ne faiblit pas. En témoignent les importantes coupes budgétaires en Irlande, la douloureuse déflation au Portugal, les ajustements sévères dans des pays aspirants comme la Lettonie ou la Hongrie. Le manque d'union politique et fiscale, une mobilité du travail limitée et la libre circulation des capitaux rendent de tels ajustements critiques sur la viabilité de la zone euro sur le long terme."

Le Portugal ne veut pas être comparé à la Grèce

En Espagne, le plan de stabilité présenté à Bruxelles par le gouvernement de José Rodriguez Zapatero est mal accueilli. La politique économique exige "plus de rigueur politique" et  "des messages de réforme véridiques et clairs", juge El País alors que le calcul des retraites restera finalement sur un temps de base de 15 ans au lieu des 25 annoncés. En réponse au commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquín Almunia, qui a pointé "la perte de compétitivité" et "la dette publique élevée" de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne, la ministre espagnole de l'Economie, Elena Salgado, a souligné que Madrid avait "fait ses devoirs depuis longtemps pour sortir de la crise". La dette publique espagnole devrait atteindre 74,2% du PIB en 2012, contre plus de 120% en 2010 pour la dette grecque.

Côté portugais, les "pires craintes du gouvernement" se sont matérialisées "lorsqu'Almunia a repris à son compte le rapprochement fait par plusieurs analystes internationaux entre les problèmes que rencontre la Grèce et ceux du Portugal", explique Público. De plus, ajoute le quotidien lisboète, "Almunia a dit qu'alors que le plan grec est 'difficile, mais faisable', le Portugal devra 'intensifier' le rythme de consolidation de son budget. C'est exactement ce que le gouvernement portugais a essayé d'éviter : le danger d'identifier la situation portugaise avec la grecque".

Une agence chargée de nettoyer le système bancaire irlandais

Le dernier des PIGS, l'Irlande, a choisi une autre voie. Dublin s'apprête à s'engager dans "le plus gros pari dans l'histoire de l'Etat", considère The Irish Independent. Avec la NAMA (National Asset Management Agency, Agence nationale de gestion des fonds), le gouvernement de Brian Cowen va lancer un plan de 90 milliards d'euros pour sauver les banques et relancer l'économie, l'une des plus touchées en Europe par la crise mondiale. Dotée de larges pouvoirs pour reprendre les terrains et les projets de construction pour lesquels les promoteurs ne peuvent rembourser l'argent emprunté aux banques, la NAMA rachètera des prêts en émettant des obligations.

Mais ce sont les Irlandais qui paieront la facture pour des "dettes impayées dont personne ne voulait au départ", observe le quotidien dublinois. Car avant que la Commission ne donne son feu vert à ce projet hautement risqué, "la NAMA termine les premières évaluations des prêts immobiliers les plus importants et a annoncé que les actifs seront rachetés 30% moins cher." Ce qui ne constitue pas tout à fait une bonne nouvelle pour le contribuable, car "les banques auront donc des trous plus grands que prévus, qui devront être comblés avec encore plus de capital par... le gouvernement."

 

Vos commentaires

 
4 commentaires
 
 
 
 

Louivis
06.02.2010 | 14h37

Il est difficile de débattre sans au préalable clarifier les concepts.
Tout d'abord, il n'est nul besoin d'être néolibéral, reaganomien etc. pour procéder à une analyse économique. Comme le disait Serge Christophe Kolm: "l'économie est neutre, neutre comme un fusil, elle sert celui qui s'en sert". En d'autres termes, ce ne sont pas les règles basiques de l'économie qui posent problème, mais la façon dont elles sont utilisées par les pouvoirs en place.
Ensuite, il convient de ne pas mélanger les faits historiques. Le Traité de Lisbonne (ex-traité dit constitutionnel)n'enchasse pas l'UEM. Il n'y a qu'un seul traité, le traité de Rome, qui est révisé périodiquement. Les dispositions relatives à l'UEM figurent dans le traité depuis le traité de Maastricht(1992 - ratifié en France par référendum le 20 septembre 1992, avec 51,04% de oui)et y sont depuis lors. Les traités d'Amsterdam (1997) et de Nice (2001) ne les ayant pas modifiées, pas plus que le traité de Lisbonne. Ainsi, si Lisbonne n'avait pas été ratifié, les dispositions UEM seraient toujours dans le Traité de Rome.
Le fait d'assurer le fonctionnement d'une zone monétaire au travers de règles de saine gestion (déficit et dette publiques) n'implique en rien les choix de répartition des ressources (imposer les riches et les capitaux, répartir plus sainement les dépenses, gérer les grilles de salaires, etc.). Considérer qu'à long terme (même si nous serons tous mort) il est préférable de ne pas créer un endettement insoutenable est aussi une règle économique de base. Mais, répartition et transfert des ajustements sur les générations futures sont des choix politiques, qui donc dépendent des gouvernements élus par les citoyens... en démocratie.

Bernard Conte
06.02.2010 | 00h11

Il est hilarant de lire le discours néolibéral qui (sous pseudonyme évidemment) tente de justifier la fuite en avant d’une structure au service exclusif du capitalisme financier international et au détriment de la majorité des populations européennes.

Monsieur Louisvis connaît bien l’école de Chicago (Milton Friedman), car ressortir l’échec des politiques keynésiennes qui ont buté sur la stagflation (et non pas l’hyper-inflation) est digne des Reaganomics ou de Margaret Thatcher. Mais ce discours est un peu daté. La période du libéralisme régulé (keynésianisme) a été suivie par la mise en œuvre du consensus de Washington, inspiré du monétarisme, qui par la dérégulation financière, la déréglementation, la réduction du périmètre de l’Etat, la privatisation, le partage de la valeur ajoutée de plus en plus favorable au capital…, a conduit inéluctablement à la crise actuelle. (Pour plus de détails, on peut lire mon essai : La Tiers-Mondialisation de la planète).

En bon néolibéral Monsieur Louisvis fait appel au « bon sens » économique populaire pour nous proposer une dose supplémentaire de néolibéralisme (ordolibéral cette fois) pour arranger les choses. On connaît bien en France l’adage « populaire » depuis l’élection de notre nouveau président de la République : « Travailler plus pour gagner plus ». Les forces réactionnaires savent instrumentaliser le "bon sens populaire" pour servir leurs intérêts. Ces forces savent aussi utiliser des formules "choc" : « l’État ne taxe pas pour obtenir l’argent dont il a besoin, l’État trouve toujours un besoin pour l’argent qu’il reçoit », « l’État ne résout pas les problèmes, il les subventionne » (Ronald Reagan).

Par ailleurs, je voudrais rappeler à Monsieur Louivis que le peuple français s’est prononcé, par référendum, contre le projet de Constitution européenne qui visait à enchâsser dans la loi fondamentale les critères de Maastricht, dont il souligne la pertinence. Mais évidemment, dans ce cas, le « bon sens » populaire, invoqué par Monsieur Louisvis, n’est plus de mise car, selon lui et ses semblables, le « bas » peuple ne peut mesurer les réels enjeux de la construction européenne. Le peuple est ignorant, il ne sait pas ce qui est « bon » pour lui. Ce sont les experts et les élus du néolibéralisme qui doivent guider la populace vers la lumière. Et cette populace doit gagner son pain à la sueur de son front sans attendre un éventuel secours de l’Etat qui est une hydre malfaisante génératrice de déficits et de dette. L’Etat ne doit pas intervenir au service de la population, mais il peut réglementer, légiférer, privatiser… pour rehausser les profits privés. Je pense que Monsieur Louisvis est adepte de la thèse du ruissellement (trickle down effect) : il faut enrichir les plus riches et quelques miettes tomberont inévitablement de la table pour nourrir les plus pauvres.

Enfin, J’ai beaucoup apprécié le scénario catastrophe "sans UEM". Il est digne de celui du réchauffement climatique, prétexte à l’organisation de la baisse du niveau de vie des classes moyennes et populaires. Acceptez la paupérisation sinon le ciel va vous tomber sur la tête ! Acceptez la dictature de la finance internationale et continuez le « laisser faire » et le « laisser aller », sources de profits pour les plus riches uniquement.

http://conte.u-bordeaux4.fr

Louivis
05.02.2010 | 13h29

Il est toujours amusant (rire jaune)de lire la chronique de l'implosion annoncée de l'union monétaire, par voie de conséquence de l'UE, le tout par la faute des "eurocrates".
Juste pour rafraichir la mémoire de Bernard Conte, il convient de rappeler que l'UEM est un projet politique dont les initiateurs et les moteurs ont été: Raymond Barre (1969), Roy Jenkins (1978), Valery Giscard D'Estaing et Helmut Schmidt (1979, Helmut Kohl et françois Mitterrand (1983-1991) soutenu par des référenda positifs (soutenus par Jacques Chirac). Et les eurocrates, qui sont payés pour cela, ont mis en oeuvre ces instructions politiques (plutôt bien d'ailleurs). Passons...
Des crises financières, l'UEM en a connu dès sa première phase en 1992-1993 avec une dévaluation gigantesque (sans parler des crises du serpent monétaire européen de 1973-1974 et du SME 1980-1985)toutes matinées d'hyper-inflation, de chômage et de surrendetement des Etats. Hors, dans tous les cas la sortie de crise est venue d'un renforcement de la coopération monétaire et de la mise en oeuvre de régulateurs, sous la pression, justement, de la crise et de l'échec des stratégies individualistes (ou nationalistes). En particulier, les critères - tant décriés - de Maastricht (ratio de déficit et de dettes publics - qui ne sont que du bon sens économique) ont été salvateurs. Or, la crise actuelle, dont les causes sont multiples, mais qui se résument en une crise de surendettement,d'absence de régulation et de coordination, est la croyance persitante que la fuite en avant (résoudre le problème de la dette en augmentant la dette) serait une solution.
Il importe que le bon sens économique revienne: seule l'application des règles de fonctionnement de l'UEM offre une issue à long terme. Certes, c'est le non respect de ces règles et la difficulté de la BCE et de la Commission à les faire appliquer qui a mené au problème actuel des "PIGS" et des risques pour la France, l'Italie et la Belgique entre autres. Mais, comme toujours, c'est le vent du boulet qui est salvateur. L'UEM dispose des instruments tant pour consolider les dettes que pour assurer un retour à une plus grande orthodoxie de gestion. Il appartient aux gouvernements nationaux d'agir en conformité, mais surtout d'assurer la répartition des efforts sur les différentes catégories de la population - ce qui, rappelons-le, n'est pas du ressort des Instances communautaires.
Imaginons un scénario sans UEM: dévaluations massives, déficit des balances de paiement, hausse des taux d'intérêts, spread sur les taux d'intérêts pour la dette extérieure, accroissements des déficits, faillites, inflation, chômage...

Bernard Conte
05.02.2010 | 09h34

Le problème actuel des PIGS annonce l'implosion de la zone euro et, au-delà, celle de l'Union européenne.

Les "eurocrates" ont bâti la maison "Europe" en associant des murs en béton armé, d'autres en torchis et d'autres, enfin, en carton. Ils ont posé, sur ces murs, la "toiture" Euro, la monnaie unique.

La première secousse sysmique est venue ébranler l'édifice, les fissures s'élargissent et la maison menace de s'effondrer, car ses murs les plus faibles cèdent.

Il faudrait renforcer les murs les moins solides (les PIGS). Le problème est que le coût des réparations apparaît très (trop) élevé pour les populations. En effet, le coût social des mesures d'assainissement deviendra rapidement politiquement explosif, menaçant le néolibéralisme qui guide la construction européenne. Les populations européennes refuseront bientôt de continuer à être Tiers-mondialisées.

Dans ces conditions, il est urgent de "faire semblant" (as if) pour préserver les apparences. La Commission européenne approuvera, doutera, tancera, exigera... pour maintenir l'illusion dans une fuite en avant, tout en sachant que le film est terminé.

http://conte.u-bordeaux4.fr

 

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