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Le meilleur de la presse européenne

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  • Interview

    Jean Leonetti : “L’Europe est autre chose qu’une monnaie unique, c’est un destin commun”

    05 février 2012

    Le sommet européen du 30 janvier a-t-il trouvé la solution pour régler la crise de la zone euro ? La France est-elle obligée de suivre l’Allemagne pour garder son influence ? La faillite de la Grèce est-elle possible, et la sortie du pays de la zone euro est-elle souhaitable ? A l’orée d’une campagne présidentielle où l’enjeu européen va être au coeur des débats, le ministre français des Affaires européennes Jean Leonetti était le grand témoin de l’émission Carrefour de l’Europe, le 5 février, sur RFI, pour répondre à ces questions.

    Pour Jean Leonetti, le pacte budgétaire adopté le 30 janvier par 25 Etats membres, qui instaure notamment la règle d’or en matière de contrôle des déficits, "n’est pas que la discipline. C’est la discipline et la solidarité, avec un but essentiel, la croissance et l’emploi". Puisque "l’ensemble des Etats membres sont obligés d’avoir une politique de rigueur budgétaire, l’Europe est la relance", assure Jean Leonetti, qui met en avant les 104 milliards d’euros que les dirigeants européens veulent consacrer à la croissance et l’emploi des jeunes.

    Ce traité, que les vingt-cinq comptent signer en mars, ne sera pas ratifié par la France avant l’élection présidentielle de mai. Mais Jean Leonetti qualifie d’"aberration" la proposition de François Hollande de renégocier le traité en cas de victoire : "Le traité signé engage la France et la France engage l’Europe". Le remettre en cause signifierait "une crise en Europe".

    Alors que les négociations se poursuivent entre Athènes et ses créanciers privés pour restructurer la dette grecque et permettre un nouveau plan de sauvetage, le ministre des Affaires européennes rappelle qu’"il ne peut pas y avoir de solidarité sans discipline, mais [il] reconnai[t] qu’elle est difficile à mettre en place". Pour autant, mettre un pays sous tutelle budgétaire, comme a semblé le proposer l’Allemagne, est "une altération profonde de la souveraineté d’un pays. On ne met pas l'âme des peuples sous tutelle budgétaire".

    Alors que la règle d’or semble être le principal horizon de la zone euro, Jean Leonetti estime que "l’Europe est autre chose qu’une monnaie unique, c’est un destin commun, ce destin s’appuie sur une puissance économique et financière au service de nos valeurs". Il considère comme "indispensable pour les équilibres du monde que l’Europe, qui est une culture, une civilisation, soit aussi une puissance économique et monétaire".

    L’intégralité de l’interview de Jean Leonetti, avec Daniel Desesquelle et Eric Maurice, de Presseurop, est à écouter sur le site de l’émission Carrefour de l'Europe.

  • Vu des Etats-Unis

    Intégration : les Européens ont tout faux

    03 février 2012

    Alors qu'en France, François Hollande a relancé le débat sur la laïcité en proposant d'inscrire la loi de 1905 ("celle qui sépare les Eglises et l'Etat") dans la Constitution, outre-Atlantique, l'échec des politiques européennes en matière d'intégration est pointé du doigt.

    Dans un article récemment paru dans le New York Times, Jonathan Laurence, professeur associé en sciences politiques au Boston College et auteur de "The Emancipation of Europe's Muslims :
The State's Role in Minority Integration" [L'émancipation des musulmans d'Europe : le rôle de l'Etat dans l'intégration des minorités], réagissait notamment aux violences qui ont suivi la mort à Clermont Ferrand de Wissam El-Yamni. Ce routier de 30 ans, arrêté par des policiers la nuit de la Saint Sylvestre, est mort d'un malaise cardiaque pendant le trajet qui le menait au commissariat. 

    Pour Jonathan Laurence, l'indignation suscitée par cette mort, souligne l'hostilité des jeunes d'une minorité envers les autorités d'une société qui ne sait pas les intégrer. L'universitaire écrit :

    L'échec de l'intégration musulmane en Europe est souvent attribuée – plus particulièrement par les partis d'extrême droite – à un excès de tolérance envers l'immigration musulmane à grande échelle qui débuta au milieu des années 1970. Selon leur argument, en satisfaisant aux besoins de la religion musulmane, des pays comme la France, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas ont involontairement freiné l'assimilation et ont même, dans certains cas, nourri le radicalisme. Mais le malaise dans les banlieues européennes ne provient cependant pas de la différence religieuse, mais de l'anomie.

    Les Européens ne devraient pas avoir peur de permettre aux étudiants musulmans de suivre des cours sur l'Islam dans des écoles et des universités publiques. Reconnaître et accepter les pratiques de la religion musulmane, de la façon de s'habiller à l'éducation en passant par la langue, ne revient pas à céder au fondamentalisme. Au contraire, ce n'est qu'en renforçant les droits démocratiques des citoyens musulmans à former des associations, à se joindre aux partis politiques, et à s'engager dans d'autres aspects de la vie civique que l'Europe pourra intégrer ses immigrés et donner tout son sens à la promesse abstraite de liberté religieuse.

    La montée de partis d'extrême-droite anti-immigration, ont conduit plusieurs pays européens à imposer des restrictions au code vestimentaire musulman, à la construction des mosquées et au regroupement familial par des lois d'immigration. Ces politiques sont contreproductives. Paradoxalement, les personnes pour qui la religion n'est en principe pas primordiale deviennent encore plus attachées au code vestimentaire de leur religion, aux symboles et aux traditions lorsqu'elles sentent qu'elles sont pointées du doigt et que les droits fondamentaux leur sont refusés.

    Pendant trop longtemps, poursuit le professeur, les Européens : 

    ont caché l'absence de politique cohérente d'intégration sous le couvert du 'multiculturalisme'. L'Etat a délégué le difficile travail de l'intégration aux diplomates étrangers et aux institutions musulmanes – par exemple, certains étudiants en Allemagne lisent des livres fournis par l'Arabie saoudite dans des institutions financées par ce pays.

    Pour Jonathan Laurence, l'exclusion institutionnelle a nourri une exigence de reconnaissance religieuse, et a beaucoup contribué à unir et à isoler les musulmans. Elle a laissé le champ libre aux organisations radicales qui sont devenues les défenseurs les plus visibles de la foi. 

    L'auteur qui rappelle que d'ici 20 ans, la population musulmane d'Europe devrait représenter 7 à 8% des Européens, conclut :

    Accorder aux musulmans la totale liberté religieuse ne lèvera pas les obstacles à leur participation politique et à la création d'emplois. Mais cela permettra au moins de limiter les tensions qui se portent sur la pratique de leur religion. On éviterait ainsi les rivalités sectaires inutiles et ouvrirait la voie aux hommes politiques pour s'atteler aux défis les plus fastidieux et urgents de l'intégration socioéconomique. 

     

  • Pierre Vimont : “Inventons notre propre intégration”

    30 janvier 2012

    Le "smart power", la puissance intelligente, est-elle une voie pour l'Europe ? A l’occasion d’un colloque organisé par la Fondation Schuman et l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) posant cette question, le numéro 2 de la diplomatie européenne, Pierre Vimont, a rappelé que l'UE reste encore une puissance qui se cherche :

    Si on prend l’Europe dans sa perspective historique, on a un problème de fond non résolu. L’UE était au départ un projet de paix. Mais après Maastricht, l’étape suivante, le passage de la puissance économique à une puissance politique ne s’est pas fait. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’accord entre les Etats membres. Et nos partenaires se demandent en conséquence si nous sommes sérieux dans la volonté de faire de cette UE une vraie puissance politique qui a sa place dans le monde. L’Europe se voit comme un soft power, la plus intelligente possible, mais elle n’a pas une véritable doctrine d’action par rapport à ce concept. Comme très souvent dans la construction européenne, nous sommes restés au milieu du gué.

    Tout en notant que sans le réglement "de la crise financière, tout le reste n’a pas trop d’importance", le Secrétaire général exécutif du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) plaide donc pour la définition d'une vision stratégique de l'UE.

    Il faut définir un plan d’action et une idée commune à 27 sur la doctrine future de l’UE, pas à 30 ans, mais plus modestement, à 5-7 ans. Il nous faut définir des priorités, un but précis de ce qu’on doit faire avec les moyens que l’on a. En vérité, l’UE a absolument tous les moyens d’action, dans tous les domaines, militaire, économique, commercial, ou dans l'aide [au développement]. Une force extraordinaire, mais qui n’a de sens que si tout cela est regroupé. C’est une des tâches du SEAE. Il est évident que tout ceci n’est pas du tout vécu à Bruxelles de manière politique, mais administrative. Pour l’instant ,ce que je vois à Bruxelles, c’est que chacun essaie de tirer son épingle du jeu, dans des combats administratifs et politiques sans fin. Quotidiens. Il faudra bien qu’à un moment, les politiques, au sein des Etats membres et des institutions, aident à sortir un peu de cette ornière pour essayer de trouver la vision générale dont on a besoin. Il s’agit d’utiliser toute la boite à outils dont on dispose.

    Mais pour l'ancien ambassadeur de France à Washington, la constitution d'une Europe puissance ne suppose pas forcément celles des Etats-Unis d'Europe,

    parce que nous sommes fondamentalement partis d’Etats nations puissants et avec leur propre culture. Mais cela fait notre force. Nous n’avons pas besoin de vouloir imiter à tout prix le fédéralisme américain. Inventons notre propre intégration.

     

  • A lire dans la presse

    Bienvenue à Europa

    25 janvier 2012

    El País, Süddeutsche Zeitung, the Guardian, La Stampa, Le Monde et Gazeta Wyborcza se sont associés pour créer ensemble un supplément : Europa " afin de croiser nos regards et raconter ensemble ce qui nous réunit" en dépit de la crise, explique Sylvie Kauffmann, la directrice de la rédaction du Monde. 

    Presseurop est heureux d'accueillir ce supplément parmi les journaux qui racontent la vie quotidienne, l'histoire, la culture et l'économie qui sont communes aux 27 membres de l'UE.

    Le premier numéro d'Europa est accessible sur les sites web des six quotidiens. Le Monde le fait pour sa part paraître dans son édition papier datée du 26 janvier.

    Au sommaire de ce premier numéro, on remarque plus particulièrement la rencontre d'un journaliste de La Stampa avec Umberto Eco :

    Umberto Eco : Un des avantages de l'Europe est que le président allemand Christian Wulff ou le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, que je ne connais même pas, me souhaitent mon anniversaire. Désormais, nous sommes européens par la culture, après l'avoir été des années durant par les guerres fratricides.

    Ou encore sur Erasmus :

    Pour moi, c'est une révolution sexuelle : un jeune Catalan rencontre une jeune Flamande, ils tombent amoureux, se marient, et deviennent européens, comme leurs enfants. Ce programme devrait être obligatoire, pas seulement pour les étudiants mais aussi pour les taxis, les plombiers, les ouvriers. Ils passeraient ainsi un certain temps dans les pays de l'Union européenne pour s'intégrer. 

     

  • A lire dans la presse

    Les enfants abandonnés de Grèce

    20 janvier 2012

    Courrier International publie cette semaine l'histoire d'Anna, une petite fille grecque abandonnée par sa mère qui ne peut plus subvenir à ses besoins. L'article, paru dans Ie quotidien grec I Kathimerini en décembre dernier, avait alors provoqué une vague d'indignation en Grèce et à l'étranger.

    Le journal rapportait qu'avec la crise, un nombre croissant de parents dépourvus et désespérés, "tombés dans une impasse économique", étaient contraints de laisser leurs enfants aux soins de centres sociaux ou d'associations caritatives.

    Quelque 500 familles auraient récemment demandé de placer leurs enfants dans des foyers dirigés par l'ONG SOS Villages d'enfants, rapportait Marilis Margomenou, l'auteure du papier. Une hausse significative dans un contexte de crise extrême.

    Le quotidien britannique The Guardian avait pour sa part publié dans la foulée d'I Kathimirini un reportage à Patras, présentant le cas d'une famille elle aussi contrainte d'abandonner une partie de sa progéniture.

    Devant l'émoi suscité par ces informations, Libération s'interrogeait mercredi dernier sur "ces rumeurs d'enfants abandonnés en Grèce". Les services sociaux de la mairie de Patras ont, écrit  le journal "expliqué que les motivations du couple [de l'histoire rapportée par The Guardian] n’étaient pas totalement désintéressées et que le problème est en voie de règlement."

    "Pour le président de l'association Sourire de l'enfant, les abandons d'enfants sont 'des incidents isolés montés en épingle' ", écrit Libé qui ajoute  :

    Même indignation chez Marina Katsimbali, directrice du centre chrétien l’Arche du monde, qui s’occupe des enfants des rues : elle se plaint d’appels téléphoniques incessants, 'y compris d’Australie et de Nouvelle-Zélande', et voudrait 'en finir avec cette histoire, d’autant que la journaliste auteure de l’article s’apprête à modifier sa version'.

    "Pourtant, le constat n’en est pas moins unanime sur la réelle dégradation de la situation depuis le début de la crise", tempère le quotidien français qui donne également la parole à Stérios Sifnios, de l’ONG SOS Villages d’enfants, à l’origine de l’histoire d’Anna :

    Stérios Sifnios […] souligne qu’il y a une forte augmentation des demandes de familles qui 'n’arrivent plus à joindre les deux bouts alors qu’auparavant il s’agissait surtout de cas sociaux'.

    Jointe par Alexia Kefalas, la journaliste en charge de la Grèce pour Presseurop et Courrier International, Marilis Margomenou l'auteure du papier d'I Kathimerini, déclare quant à elle n'avoir aucune intention de changer la version des faits écrits dans son reportage et se dit excédée par la remise en cause d'un phénomène qui prend, assure-t-elle, indéniablement de l'ampleur aujourd'hui en Grèce.

    C.M.

  • A écouter

    Où en est la relation franco-allemande ?

    15 janvier 2012

    Qu'on l'appelle couple, axe, tandem ou simplement coopération, la relation franco-allemande est depuis 1950 le principal moteur de la construction européenne. Basée sur la réconciliation entre deux Etats liés depuis l'empire carolingien mais marqués par trois guerres en moins d'un siècle, cette relation a connu des hauts et des bas, des complicités personnelles et des méfiances entre dirigeants, des phases d'apathie et des périodes d'enthousiasme. 

    Aujourd'hui, en pleine crise financière et économique, l'Europe observe, parfois avec méfiance, la créature "Merkozy", l'attelage formé de la chancelière Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy. Cette union est-elle étroite ou seulement de circonstance ? Vers quoi mène-t-elle l'Europe ? Comment les peuples français et allemand vivent-ils la réconciliation de leur deux pays ?

    Pour comprendre ce qu'est la relation franco-allemande aujourd'hui, Daniel Desesquelle a installé son émission Carrefour de l'Europe à l'Institut Goethe de Paris, et invité autour de lui Hélène Miard Delacroix, professeur de civilisation de l’Allemagne à Paris IV, Michaela Wiegel, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Franck Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et enseignant à Sciences Po Paris, et Joachim Umlauf, directeur du Goethe-Institut de Paris. Avec la participation d'Eric Maurice, de Presseurop.

    
Une émission à écouter sur RFI dimanche 15 janvier ou sur le site de Carrefour de l'Europe.

  • A lire dans la presse

    La mafia, première banque d’Italie

    13 janvier 2012

    L’ONG italienne Sos Impresa, qui lutte contre le racket dont sont victimes les PME italiennes dans la péninsule, vient de publier un rapport sur l’emprise qu’exercent les différentes organisations mafieuses – telles que Cosa Nostra en Sicile, la Camorra en Campanie ou encore la 'ndrangheta en Calabre – sur les entrepreneurs italiens. “Le Mani della criminalità sulle imprese”  ("Les mains de la criminalité sur les entreprises") explique que la mafia est devenue officieusement la première banque italienne.

    Selon le rapport, ces organisations, via le racket des entreprises ou des commerces, ont réalisé “des profits à hauteur de 100 milliards d’euros”, soit environ 7% du PIB italien, et possèdent “environ 65 milliards d’euros en liquidités”.

    Dans le contexte actuel de crise, poursuit le rapport,

    La mafia est la seule entité économique et entrepreneuriale à pouvoir faire des investissements. La crise contribue au passage où le mafioso intervient pour soutenir celui qui a besoin d’argent pour continuer son activité, commerçants ou entrepreneurs qui ont besoin de sommes importantes pour de pas être déconnectés du marché ou pour ne pas perdre leurs emplois. C’est sur ce double aspect que l’usure est dans l’intérêt du mafioso : offrir un service fonctionnel, pour augmenter le consensus social, pour continuer à affirmer une politique de souveraineté dans les lieux où il sévit.

    Dans une interview donnée à l'hebdomadaire italien Panorama, le procureur anti-mafia, Antonio Ingroia ne s’étonne guère des résultats présentés dans le rapport de l’ONG : "Le fait que la Mafia possède des capitaux financiers n'est vraiment pas nouveau.”

    La mafia, selon le procureur, révêt depuis plusieurs années l’habit du banquier :

    L’aspect qui doit être pris en compte est que ces dernières années, on assiste à un augmentation du blanchissement de l’argent sale à l’intérieur des activités entrepreneuriales, à savoir le recours toujours plus fréquent des entrepreneurs qui sont étranglés par les dettes, au financement des mafiosi.

    Ceci est survenu avec les réductions de prêts via les canaux bancaires. Cela est arrivé dans le Nord comme le Sud, sans distinction. Les mafiosi sont devenus pour les entrepreneurs les nouvelles banques.

  • A lire dans la presse

    Monti évite “la catastrophe collective”

    12 janvier 2012

    La démission, lundi, du secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil Carlo Malinconico, accusé d'avoir séjourné dans un hôtel aux frais de deux entrepreneurs aujourd'hui visés par une enquête pour corruption, a fait l'objet de plusieurs éditoriaux de la presse italienne.

    "Un de moins, se réjouit Il Giornale, mais ça ne suffit pas". Pour le quotidien de la famille Berlusconi, cette démission et les deux mois au pouvoir de Mario Monti prouvent que :

    Premièrement, il n’est pas vrai que le gouvernement de ‘techniciens’ [de Mario Monti] offrent plus de garanties d’éthique et de transparence que le gouvernement de ‘politiciens’ [de Berlusconi]. Deuxièmement, il n'est pas vrai que l’attaque spéculative dont l’Italie a été victime était due à la faiblesse du gouvernement Berlusconi."

    Et le journal de rappeler que malgré les mesures de rigueur instaurées par le gouvernement Monti, l'agence Fitch menace de dégrader de nouveau la note de la dette italienne.

    Pour le quotidien économique Il Sole 24Ore

    De l’épilogue de l'affaire Malinconico, on peut retenir deux leçons. La première est que l’on n’a pas besoin d’appartenir au monde des castes politiques pour commettre de graves erreurs de comportement : dans le cas du secrétaire d'Etat, le défaut d’éthique a été inacceptable pour la ligne de conduite que le gouvernement Monti s’est fixé.

    C’est un accident de parcours, sans conséquence pour l’exécutif, mais qui laisse tout de même un goût amer : quelque chose, de toute évidence, n’a pas fonctionné dans les critères basés sur les techniques. Ce n’est pas de la politique, mais de la bureaucratie".

    Toutefois, écrit Il Sole, en réagissant "sans hésitation” et avec “une grande rapidité”, ” Mario Monti [le secrétaire d'Etat a remis sa démission après un long entretien avec le chef du gouvernement] a eu les réflexes dignes d’un homme politique et toute hésitation de sa part aurait transformé un cas personnel en catastrophe collective”.

  • A lire dans la presse

    Dans 5 ans, le Royaume-Uni quitte l’UE

    10 janvier 2012

    Cinq ans, c'est le temps qu'il reste au Royaume-Uni avant que le pays ne quitte l'Union européenne. Telle est l'analyse de Rafael Behr, journaliste politique du New Statesman après la lecture de la première ébauche du nouveau traité européen d'union fiscale, dont des extraits ont été révélés par la chaîne ITV.  

    Ce document, écrit Behr, prouve que le veto brandi par David Cameron n'empêchera pas les Vingt-Six de reformuler un traité. Pas plus que l'exclusion du royaume de l'UE ne permettra de protéger la City, une défense qui était pourtant à l'origine du divorce britannique à l'issue du sommet européen du 9 décembre dernier.

    Il s'agit d'un nouveau traité qui mettra en place une nouvelle politique économique et monétaire européenne, avec davantage de convergence et de compétitivité, écrit le New Statesman. Dans le document obtenu par ITV, Il est stipulé que toute décision économique décidée par les signataires du traité sera présentée comme un fait accompli aux non signataires. Le Royaume-Uni sera par conséquent tenu d'accepter les conditions fixées (qui entreront en vigueur d'ici 5 ans) ou devra quitter l'UE. 

    Or, écrit Rafael Behr, il est difficile d'imaginer qu'un gouvernement britannique, quel que soit celui en place en 2017, puisse accepter ces conditions, et plus encore, voir le Parlement les ratifier :

    Il n'y a pas si longtemps, le départ de la Grande-Bretagne de l'Union était à peine imaginable. Seulement un lointain espoir pour les plus eurosceptiques. A présent tout est en place pour que ce départ se réalise dans les cinq ans qui viennent.

  • Hongrie

    Comment Viktor Orbán cherche à garder le pouvoir

    05 janvier 2012

    En mai dernier, Presseurop avait rencontré László Rajk, ancien dissident et signataire d'un appel dénonçant l'affaiblissement de la démocratie en Hongrie. Voici comment il analysait la politique menée par Viktor Orbán :

    Aujourd’hui professeur associé à l’Université d’art dramatique et cinématographique de Budapest, l’architecte et designer László Rajk a été l’un des principaux dissidents du régime communiste hongrois dans les années 70 et 80. Fils de László Rajk, exécuté en 1949 lors des grands procès staliniens, il a rejoint l’Opposition démocratique en 1975 et a été l’un des fondateurs de la maison d’édition de samizdats AB Publishing House en 1981. Après avoir été l’un des fondateurs de l’Alliance des Démocrates libres en 1988, il a été député pendant 6 ans après les élections libres de 1990. De 2004 à 2010, il a siégé au Conseil exécutif de la Télévision publique hongroise. Il décrypte pour Presseurop les réformes poltiques controversées du gouvernement hongrois conservateur dirigé par Viktor Orbán.

    Comment définiriez-vous le projet politique de la Fidesz, le parti au pouvoir ?

    Je dois d’abord dire que leur succès est exceptionnel. Les élections de 2010 ont été un scrutin tout à fait correct, sans fraude. Il a récolté 53% des voix ce qui, dans le système politique hongrois, se traduit par une majorité des deux tiers au Parlement. Personne ne peut contester cela.

    Son objectif est de garder le pouvoir. Le but des mesures prises, outre la nouvelle Constitution ou la loi sur les médias, est de le protéger du système d’équilibre des pouvoirs : limitation des compétences de la Cour constitutionnelle ou encore la nomination du procureur général de manière à pouvoir contrôler les poursuites judiciaires. Et il est fort probable que d'ici septembre il réussisse à nommer les juges de la Cour suprême. Ces 3 contre-pouvoirs à l’exécutif sont dominés par le gouvernement. Ce qui veut dire qu’il peut passer toutes sortes de loi pour stabiliser son pouvoir.

    Prenons par exemple le budget. Première étape, il fait voter une loi selon laquelle,le Président peut dissoudre le Parlement si le budget n'est pas adopté avant mars. Ce qui en soit n’est pas un motif de suspicion. Deuxième étape, une commission du budget a été créée, qui peut mettre son veto même si le Parlement a approuvé le budget. Là encore, cela ressemble à un contre-pouvoir à la majorité au Parlement. Et pour finir, il ont changé la commission du budget. Ce qui veut dire, c’est une hypothèse, que si le Fidesz n’est plus au pouvoir l’année prochaine, qu’un nouveau gouvernement est formé et qu’il tente d’établir un budget, la commission peut mettre son veto et le Président peut dire: "Désolé les gars, il y a de nouvelles élections". Car bien sûr le Président est l’un des leurs. Donc il est clair que ce seul mécanisme est suffisant pour faire tomber un gouvernement futur si le Fidesz perd les élections. C’est ce que je veux dire par "stabiliser".

    Cette manière de gouverner est-elle un problème purement national ou un problème pour l’ensemble de l’Europe ?

    Si vous regardezde près la réforme de la Constitution ou la loi sur les médias, cela pourrait être très dangereux parce que cela reste conforme à la loi européenne. En Europe, il n’y a qu’un exemple similaire: l’Italie. Mais en Hongrie, cela se produit beaucoup plus vite.

    Par exemple, contrairement à d’autres pays européens, la Hongrie n’a pas de loi sur le blasphème, elle semble donc respecter les "instructions" de la Commission européenne. Mais il y a une telle centralisation du contrôle des médias qu’une telle loi n’est pas nécessaire. C’est la même chose avec la réglementation sur le discours de haine, un sujet très sensible pour l’UE.

    Pensez-vous que l’UE et les Etats membres ont été assez critiques envers le gouvernement de Viktor Orbán, qu’ils ont exercé assez de pression ?

    La Hongrie n’est pas l’Italie, elle a été beaucoup critiquée. La Commission de Venise a critiqué la réforme de la Constitution. L’International press institute et l’OSCE ont critiqué la loi sur les médias. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés a critiqué la politique envers les Roms. Et cela continue avec la Constitution. Je ne pense pas que l’on puisse dire que nous avions besoin d’être plus critiqués. N’oubliez pas que tout cela s’est mêlé aux événements en Afrique du Nord et que c’est un miracle que la Hongrie soit encore, certes pas en première page, mais parmi les sujets qui intéressent. Je pense que c’est parce que la Hongrie est en Europe. Après l’Italie, les gens commencent à avoir peur que cela puisse se reproduire dans un autre pays. Et je pense qu’ils ont raison.

    Propos recueillis par Eric Maurice

  • Bosnie-Herzégovine

    La Bosnie évite un scénario belge

    02 janvier 2012

    Alors que l'Europe a eu des mois durant les yeux rivés sur la crise politique belge, la Bosnie-Herzégovine a elle-même traversé une longue période critique, pendant laquelle aucun gouvernement n'a dirigé le pays aux deux entités (l'entité serbe, la Republika Srpska, et l'entité bosno-croate, la Fédération de Bosnie-Herzégovine). A la surprise générale, cette période vient de toucher à sa fin : le 28 décembre 2011, 15 mois après les élections du 3 octobre 2010, les six principaux partis de Bosnie ont finalement trouvé un accord.

    Quatre portefeuilles iront aux Bosniaques, trois aux Serbes et trois aux Croates, qui seront également représentés dans le nouveau gouvernement par le Premier ministre Vjekoslav Bevanda (photo).

    Parmi les objectifs de ce nouveau gouvernement, l'intégration européenne. Et dans ce domaine, la Bosnie est en retard par rapport à ses voisins:  la Croatie a signé début décembre son traité d'adhésion à l'UE pour en devenir membre en 2013, et la Serbie a déposé sa candidature. La  division du pays en deux entités n'a pas facilité les choses, rappelle The Economist :

    La Bosnie est par essence un Etat fédéral, donc l'essentiel du travail quotidien sert à préserver les deux "entités" (la Republika Srpska et la Fédération bosno-croate). Mais l'absence d'un gouvernement central a bloqué l'intégration européenne du pays, stoppé les fonds de l'UE et entraîné une chute des investissements étrangers.

    Reste à voir si ces nouveaux ministres vont pouvoir travailler ensemble, et comment, après tant de difficultés pour trouver un accord. Citée par le Courrier des Balkans, l'ONG Transparency International a d'ailleurs exprimé ses réserves : "On aurait pu former un gouvernement comme celui-ci l’année dernière. Il n’y a aucune raison de se féliciter de l’inefficacité d’une classe politique qui a mis 15 mois pour trouver un accord".

    Photo : hercegovina.info.

  • L’évènement le plus inattendu de la fin de l'année

    21 décembre 2011

    Alors que bon nombre d’observateurs reconnaissaient une victoire de Nicolas Sarkozy  face à David Cameron au sommet européen du 9 décembre, deux semaines plus tard, c'est au tour du gouvernement français de se prendre une volée de bois verts après une série de propos anglophobes lancés ici ou là.

    Le Monde qui le 10 décembre déplorait le comportement du Premier ministre britannique, fait part de sa consternation dans son édito du 21 décembre :

    On comprend que le gouvernement [français] ne soit pas enchanté [à la dégradation probable dans les prochains jours de la note de la dette publique française par les agences de notation] ou trouve cela injuste et injustifié. Mais sa réaction préventive a été affligeante. Elle a consisté à dire aux agences de notation : " Vous vous trompez de cible ; la situation est pire en Grande-Bretagne ; c'est Londres qu'il faut dégrader. " On est dans le réflexe boutonneux, préadolescent, dans la cour de récréation : " M'sieur, c'est pas moi, c'est l'autre "... La classe ! [ …] la réaction de Paris n'a pas de sens.

    Enfantin, consternant, affligeant…les critiques fusent dans la presse européenne sur ces prises de bec franco-britanniques. C'est en tous cas du "grand spectacle ", écrit le diplomate suisse François Nordmann, ancien ambassadeur au Royaume-Uni, dans une tribune parue dans LeTemps :

    La crise entre la France et la Grande-Bretagne est l’élément le plus inattendu de cette fin d’année, mais aussi le plus banal en un certain sens. Tous les dix ans, un psychodrame éclate entre les deux puissances maritimes. En 2003, ce fut à propos de la guerre d’Irak .[ …] Dans quelques mois, on trouvera une formule, on lancera une passerelle – ou une bouée – pour se rabibocher et établir un mécanisme permettant aux uns et aux autres de garder la face et de reprendre la coopération. [ …]

    Le plus étrange tient tout de même aux noms d’oiseaux échangés de part et d’autre de la Manche. Messieurs les Anglais ont tiré les premiers, en comparant perfidement (évidemment…) certains paramètres des comptes publics français à la situation de la Grèce, mais les ministres et banquiers français ont renchéri. Ils sont allés jusqu’à proposer sournoisement aux agences de notation d’aller voir de plus près les déficits britanniques, et d’en tirer les conséquences, au lieu de s’en prendre seulement à la France.

    Au printemps dernier, la France renouvelait son alliance militaire avec la Grande-Bretagne et l’étendait au domaine nucléaire. Puis elle s’est rapprochée de l’Allemagne dans le secteur financier et monétaire. Aujourd’hui elle en veut à l’Allemagne de n’avoir d’autre choix que de la suivre dans sa rigueur et elle en veut à Londres de toujours tirer son épingle du jeu. Ces réflexes épidermiques ne font pas une stratégie mais quel beau spectacle!

    Quoi qu'il advienne des relations franco-britanniques, la dispute aura au moins eu le mérite d'inspirer à Charb ce dessin, en Une de Charlie Hebdo le 14 décembre.

    C.M.

  • Transnistrie

    Le soleil n’est pas prêt de se lever à l’Est

    16 décembre 2011

    En Transnistrie, république sécessioniste de Moldavie reconnue par aucun pays ou organisation, située aux marges de l’Europe, une véritable élection présidentielle est en cours. Deux journalistes de Presseurop se sont rendues sur place.

    "La Transnistrie? jamais entendu parler” : c’est la réponse classique quand on évoque le nom de cette République autoproclamée au sein du territoire de la Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe. Pour quelques personnes cependant, la Transnistrie c’est un “trou noir”, “une plaque tournante du trafic humain et de drogues”, ou bien “le dernier bastion communiste dans le jardin de l’UE”. 

    D’une superficie de deux fois le Luxembourg et financièrement soutenue par la Russie,  elle n’est reconnue par aucun pays ou organisation. Pourtant, comme ils le font tous les cinq ans,  les Transnistréens se sont rendus aux urnes le 11 décembre afin d’élire leur chef de l’Etat.

    Car si officiellement la Transnistrie, coincée entre l’Ukraine et la Moldavie, fait partie de cette dernière, les Transnistréens ne l’entendent pas de cette oreille. Et le conflit gelé a récemment été remis sur l’agenda sous la forme de négociations au format dit “5+2” (les deux parties avec l’Ukraine, la Russie et l’OSCE, et deux observateurs: l’UE et les Etats-Unis).  

    Depuis que le président sortant, l'ancien mineur russe Igor Smirnov, a proclamé l’indépendance en 1991, lors de l’éclatement de l’URSS, la Transnistrie a tout ce qui fait  une nation : un chef de l’Etat, un Parlement (appelé Soviet Suprême), une monnaie (le rouble transnistréen), un drapeau avec faucille et marteau et, bien sûr, un hymne national.  

    Dimanche 11 décembre, cet hymne résonnait des haut-parleurs installés aux bureaux de vote. Au bureau central, les électeurs ont même pu assister à un concert donné par un orchestre.

    Parce que se rendre aux urnes, c’est une fête en Transnistrie.  Dès  l’aube, le demi-million d’habitants étaient appelés à la radio à participer à “ce moment important de patriotisme”.

    A l’issue du scrutin, Igor Smirnov, qui régnait d’une main de fer (les droits de l’homme et la liberté de la presse ont encore un long chemin à faire) depuis plus de deux décennies, a finalement subi une cuisante défaite, recueillant guère plus de 25% des voix. Ses deux opposants principaux se rencontreront le 25 décembre pour un second tour.

    Il s’agit d’un côté de Evgueni Chevtchouk (plus de 38% des voix au premier tour), un avocat de 43 ans, chef du parti “Renaissance” et candidat préféré des jeunes. De l’autre côté, d’Anatoly Kaminski (26% des voix), un homme d’affaires de 61 ans et chef du parti “Renouveau” que le Kremlin aimerait voir prendre le pouvoir.

    L'idéal d’indépendance est non seulement inscrit sur les programmes des deux candidats du second tour mais est aussi le plus cher désir des habitants. Mais pour Chevtchouk cependant, “Le bien-être de la population et la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts prévalent sur la reconnaissance de l’indépendance de notre Etat”, ainsi qu'il nous l'a affirmé, tout en critiquant “les autorités qui agissent dans l’intérêt d’une seule entreprise”. Il faisait référence à la société Sheriff gérée par le fils de Smirnov, qui semble avoir le monopole sur tout ce qui se fait ou se vend en Transnistrie : les stations d’essence, les supermarchés, la téléphonie mobile, le club de foot national...tous portent l’enseigne de Sheriff.

    Quoi qu’il en soit, "Rodina !, Rodina !..." ("Patrie" en russe) était sur toutes les lèvres. Toutes les personnes que nous avons rencontrées, Moldaves ou Russes, ont affirmé qu’elles désiraient plus que tout l’indépendance de leur patrie et que celle-ci était la seule valeur importante à leurs yeux.

    De ce point de vue, la capitale de cet "Etat imaginaire, mais hautement stratégique", comme l'a qualifiée Euronews, vit et vivra encore suspendu à un espoir.

    Un espoir dont on peut se demander s’il est le syndrome d’un lavage de cerveau ou s’il relève d’une véritable conviction patriotique. Les résultats du second tour n’apporteront probablement pas de réponses à cette question. Le soleil n’est pas prêt de se lever à l’Est.

  • A lire dans la presse

    Une victoire de la France

    09 décembre 2011

    Pour l'hebdomadaire britannique The Economist, le divorce qui vient d'être prononcé à Bruxelles est une victoire politique pour la France :

    Pour le pays, sur le point de perdre son triple A et aujourd'hui second de l'Allemagne, ceci est une fameuse victoire politique. Le président Nicolas Sarkozy a longtemps prôné la création d'un noyau de la zone euro, sans les difficiles Britanniques, Scandinaves et Européens de l'Est qui généralement, suivent des politiques davantage libérales, orientées par les marchés. Et lui souhaitait que le noyau soit gouverné à partir d'une base inter-gouvernementale, c'est-à-dire par des responsables politiques plutôt que par des institutions européennes supranationales. Ceci va donc permettre à la France, et à M. Sarkozy en particulier, de maximiser son impact.

    M. Sarkozy a fait des progrès substantiels sur les deux fronts. Le président a essayé de ne pas jubiler quand il est sorti à 5 heures du matin pour expliquer qu'un accord signé par les 27 membres de l'Union était impossible en raison de l'obstruction britannique.

    Côté britannique, les bénéfices de ce qui s'est passé à Bruxelles sont loin d'être très clairs, écrit Charlemagne qui note au passage qu'il aura fallu à Cameron plus d'une demi-heure, après l'intervention de Sarkozy, pour venir justifier sa décision devant la presse :

    Le gouvernement britannique était convaincu que la Commission européenne, généralement un bastion du libéralisme en Europe, était en train d'élaborer des règlements hostiles à la City de Londres sous l'influence de son commissaire français au Marché intérieur, Michel Barnier. Et pourtant, étrangement, puisque Bruxelles était accusée de vouloir porter atteinte au cœur de l'économie britannique, presque toutes les nouvelles lois émises jusqu'ici ont été acceptées par les Britanniques (mais après beaucoup de combats acharnés en en coulisses). D'un point de vue tactique, également, il semble bizarre de se lever pour prendre la défense des financiers que les hommes politiques, aussi bien au Royaume-Uni et dans le reste de l'Europe, préfèrent dénoncer.

     

     

  • A lire dans la presse

    Les bons points de l’accord franco-allemand

    06 décembre 2011

    Alors que la presse de la plupart des pays européens sont plutôt réticents, du moins méfiants, à l'égard de l'accord trouvé entre Merkel et Sarkozy, plusieurs éditoriaux des presses françaises et allemandes affichent en revanche un certain optimisme.

    Ainsi, malgré l'imminence de la campagne présidentielle, le journal de gauche Libération écrit :

    N’en déplaise aux petits marquis de l’outrance qui ont osé convoquer Bismarck pour dénoncer un abus de puissance impériale de l’Allemagne, ou même cru bon d’évoquer Daladier sur le chemin de Munich, l’accord arraché hier soir entre Paris et Berlin contient quelques bonnes nouvelles. (…)Si la France a accepté davantage d’intégration budgétaire, elle semble avoir fait entendre à l’Allemagne que l’usage mécanique de la sanction ne pouvait tenir lieu de politique. De même, le message de fermeté envoyé aux pays européens non-membres de l’euro, devrait enfin permettre d’avancer plus vite à dix-sept.

    Et le journal d'appeler la gauche  à donner à ce plan une vision "plus globale " et "d’inventer les conditions d’une relance crédible, tournée vers l’avenir. Une relance indispensable qui ne se ferait pas contre la rigueur mais avec elle."

    Le Monde écrit dans son éditorial :

    L'accord franco-allemand annoncé lundi 5 décembre à Paris porte les germes d'une sortie de crise. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont tracé les grandes lignes d'une réforme de la gouvernance de la zone euro. […]

    Le canevas arrêté à Paris va au coeur d'une des pathologies majeures de l'euro : l'absence de gouvernance budgétaire dans une fédération monétaire. A juste titre, Mme Merkel et M. Sarkozy ne se sont pas attachés à concocter un énième plan de soutien aux plus endettés des 17 membres de l'union monétaire. [...] Plus important, Mme Merkel et M. Sarkozy jurent que "la Grèce restera une exception". En somme, le retour de la confiance passe par cette règle chère à Jean-Claude Trichet, l'ancien patron de la BCE : il n'y aura plus de défaut partiel imposé aux créanciers privés d'un des Etats de la zone euro. Tout cela, savante synthèse berlino-parisienne, va dans la bonne direction. S&P eût gagné en sérieux en en prenant connaissance avant de jeter l'opprobre sur la zone euro. Pour son inconséquence, S&P mérite une très mauvaise note.

    En Allemagne le Handelsblatt titre sur la "Percée lors du petit sommet de sauvetage" et annonce : "Après un an et demi d'une politique de sauvetage permanente, la solution se dessine pour la crise de l'euro. L'euro ne sera pas seulement défendu, il sera renforcé." Et pour le quotidien économique Financial Times Deutschland les résultats obtenus par les deux dirigeants sont remarquables :

    Merkel et Sarkozy sont sérieux quand ils disent vouloir stabiliser l'euro en posant l'avenir de l'Europe sur un fondement plus fort. Avec leurs propositions ils ne peuvent, certes pas lutter contre les phénomènes de la crise actuelle – sur ce dossier, rapellons-le, il ne reste que la BCE en pompier de dernier secours. Mais il est aussi important d'affronter les erreurs de construction de l'union monétaire. Ceci renforce la confiance des investisseurs dans l'euro. Et pour cela précisément, les propositions de Merkel constituent un bon fondement.

     

  • A lire dans la presse

    Les Français, nouveaux boucs émissaires allemands

    05 décembre 2011

    Alors que l'Europe attend que la cavalerie allemande arrive à la rescousse, le correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles s'est rendu à Berlin sur le marché de Noël d'Alexanderplatz pour prendre le poul de la population allemande.

    Le ton est rapidement donné : "Nous ne voulons pas entendre parler de la crise de la zone euro. Nous sommes ici pour faire notre shopping et maintenant, c'est le moment de devenir pompette", lui lance un groupe de femmes. Des applaudissements retentissent aux tables d'à côté. 

    La plupart des personnes interviewées estiment injuste le rôle que l'Allemagne doit endosser pour sauver une Europe qui devrait se sentir communément responsable de son destin. 

    Alors qu'il y a quelques mois, la Grèce était le bouc émissaire allemand, ce sont désormais les Français qui cumulent les mauvais points, rapporte le journaliste britannique, des Français qui selon les personnes interrogées, sont davantage proches des Allemands que les "irresponsables du Sud", et qui pourtant mènent une vie très différente.

    Les Allemands sont particulièrement furieux de devoir travailler jusqu'à 67 ans tandis que les Français peuvent eux, se retirer du monde du travail à l'âge de 62 ans, voire plus tôt. "Nous devons sauver l'euro, estime un Allemand, mais en échange les règles doivent changer. Sinon, nous serons les idiots qui travaillons et remboursons toutes les dettes jusqu'à nos 67 ans tandis que nos voisins Français peuvent, eux, s'arrêter à 62 ans. "

    "En France, poursuit sa fille de 48 ans, et dans tous ces pays, ils font des manifs monstres contre la réforme des retraites tandis que nous, idiots d'Allemands, nous payons la facture. Dans notre pays aussi nous avons des gens pauvres et de mauvaises conditions sociales."

  • A lire dans la presse

    Les bienfaits de la chute de l’euro

    01 décembre 2011

    L'issue finale se rapproche, nous assurent les journaux en Une : le sommet européen du 9 décembre devrait selon les décisions présentées, aller vers plus d'intégration ou sonner la fin de la zone euro telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les combattants du libre-échangisme européen verront peut être leur espoir se réaliser : Emmanuel Todd, historien, anthropologue et démographe, est de ceux-là.

    Dans une longue interview donnée à Mediapart qui inaugure ainsi une série d'entretiens d'intellectuels sur la campagne électorale française, il  explique que la crise et la fin éventuelle de l'euro constituent une formidable occasion pour "la gauche de redevenir la gauche". 

    Je m'attends à un choc frontal sur le plan idéologique, avec une gauche obligée de s'assumer du fait de la crise, de l'effondrement de la légitimité libre-échangiste "européiste", ou de la faillite des classes dirigeantes. Cette gauche, contrainte d'être plus offensive, devra désigner le véritable ennemi: la nouvelle oligarchie, le nouveau système de pouvoir, les nouveaux rapports de classe. [...] Sur la question des banques et de la dette publique – sans oublier l'euro –, il faudra une prise de contrôle par l'Etat pour éviter la panique. Or c'est précisément là que gît le subconscient de la gauche...

    Une idée contraire à celle de Bernard Guetta qui, hier dans Libération déplorait l'inaction de la gauche face à la crise :

    Que fait, dans ce drame, la gauche européenne ? Elle se tait. On ne l’entend que vaguement grogner alors même que la désignation de la Commission par la majorité parlementaire européenne – sa transformation en un gouvernement de l’Europe – figure à son programme. Au bal de l’irresponsabilité européenne, la gauche fait tapisserie car elle n’ose pas entrer dans la danse.

    Emmanuel Todd explique par ailleurs la fracture qui sépare deux perceptions de l'Europe et de l'euro, l'univers anglo-saxon et celui continental :

    Chez les Anglo-Saxons, les libertés individuelles sont chevillées au corps. Mais en Europe continentale, existent des manifestations d'autorité politique et de bureaucratisation. Dans la zone euro, ou plutôt dans ses parties faibles (c'est-à-dire toute la zone sauf l'Allemagne!), nous sommes confrontés à une forme d'hybridation: des responsables sont nommés sur pression de Berlin pour relever les finances publiques, après avoir travaillé pour Goldman Sachs. Ils se retrouvent à l'intersection des deux domaines de domination.

    Le protectionnisme européen qui permettrait de protéger des méfaits de la mondialisation, est à son sens la clé pour résoudre la crise :

    Je suis passionné, culturellement, par l'Europe. Or la monnaie unique, dont on voit qu'elle produit actuellement une exaspération sur le continent, était, dès le départ, la négation de l'Europe. J'étais donc contre au départ. J'avais fini par l'accepter, persuadé qu'elle ne pouvait être sauvée que si l'Europe passait au protectionnisme. […] Ma préférence irait vers un sauvetage de l'euro par le protectionnisme européen. Il faudrait donc que la France ait le courage de négocier cette solution avec l'Allemagne. Il faut créer les conditions d'une remontée de la demande sur l'ensemble d'un continent, où l'on cesserait de se jeter les uns sur les autres. L'Europe redeviendrait alors ce qu'elle a cessé d'être: un atout. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une faiblesse déstructurante, la diversité anthropologique, referait alors sa force dans un contexte global protégé. 

  • A lire dans la presse

    Ces labos qui testent la fin de l’euro

    29 novembre 2011

    Bien que la monnaie unique se porte relativement bien sur les marchés, plusieurs grandes banques estiment que la fin de l'euro n'est plus un fantasme et préparent des scenarios de retour aux monnaies nationales, rapportent La Tribune et Les EchosLa Tribune rapporte qu',

    ICAP, la première plate-forme électronique mondiale de transactions de change et d'obligations d'État, est en train de tester un système prenant en compte la désintégration de l'euro et le retour aux monnaies nationales des Dix-Sept de la zone, à commencer par la drachme grecque, calcul des taux de change de référence à l'appui. [...] Toutes les grandes institutions financières sont en train de peaufiner leurs scénarios. Les plus prestigieuses d'entre elles ont déjà rédigé des rapports dans l'hypothèse d'un échec du énième sommet des chefs d'État de la zone euro du 9 décembre. On compte dans leurs rangs Morgan Stanley, UBC, Nomura International, Bank of America Merrill Lynch ou Barclays Capital.

    "Certains économistes, écrit de son côté Les Echos, à l'instar de Simon Johnson et Peter Boone, estiment que c'est la "fin de la zone euro telle que nous la connaissons". Nouriel Roubini parle dans Les Echos du 28 novembre d'une "Fin de partie pour la zone euro". George Osborne, le ministre des finances britannique, a lui aussi répété dimanche 27 novembre que le Royaume-Uni disposait

    de plans en cas d'éclatement de la monnaie unique, sans donner plus de détails. Selon un sondage mené en novembre par la banque britannique Barclays auprès d'un millier de ses clients, quelque 50% d'entre eux s'attendent à ce qu'au moins un pays quitte la zone euro en 2012. 35% pensent qu'il s'agira seulement de la Grèce. Seuls 5% s'attendent à ce que 5 pays en sortent.

    On note au passage que les insitutions qui se préparent à la fin de l'euro sont toutes anglo-saxonnes...

     

    C.M

  • A lire dans la presse

    Libye : guerre juste ou juste une guerre ?

    25 novembre 2011

    "L'opération libyenne était-elle une "guerre juste" ou juste une guerre ?" C’est la question posée par Le Monde à Bernard-Henri Levy et Rony Brauman deux personnalités aux opinions fondamentalement opposées : Tandis que l’un, philosophe, se félicite d’être à l’origine de l’intervention militaire française en Libye, l’autre, médecin et essayiste, déplore et refuse l’idée même de "guerre humanitaire" qu’il considère comme l’alibi parfait des va-t-en guerre. Une controverse "courtoise mais animée".

    Sur la même question, la chronique de  Stéphane Guillon dans Libération ne manquait pas non plus de piquant.

  • A lire dans la presse

    La vérité sur l’Allemagne

    24 novembre 2011

    Le vent tourne pour Berlin. Après avoir été pendant des mois présentée par les hommes politiques français comme le modèle d'excellence, l'économie allemande est regardée depuis quelques jours et notamment depuis l'échec le 23 novembre de l'émission allemande à dix ans (sur les 6 milliards d'euros proposés, 35% n'ont pas trouvé preneur) sous un tout autre angle par la presse française (Le Monde, Les Echos, La Tribune, Mediapar). Une réalité économique bien loin des discours officiels français, souligne  Le Figaro qui cite notamment un article du Spiegel publié par Presseurop. Parmi les contre-vérités égrenées : 

    La croissance allemande s'essouffle : elle devait en 2012 ressortir en dessous de 1% après 3 % en 2011. 

    La situation fiscale allemande n'est pas très différente de celle de la France avec des taux d'imposition sur les sociétés très proches. 

    La peur de l'hyperinflation ne tiendrait pas du seul traumatisme de 1923, explique Le Figaro :  l'Etat ne finançant que la retraite des plus pauvres, les Allemands sont encouragés à épargner pour leurs vieux jours et c'est donc pour protéger cette épargne que Berlin a peur de l'inflation. 

    La dette allemande est la plus élevée de tous les pays européens, avec 1700 milliards d'euros, soit bien au dessus des 60% prévus par le traité de Maastricht.

    Le déficit allemand ne serait en réalité pas si faible qu'il y parait : un expert de Natixis a ainsi expliqué au Monde que grâce à "une tactique légale mais peu éthique" l'Allemagne a pu dégonfler son déficit. "Sans cette astuce le déficit allemand en 2009 n'aurait pas été de 3,2 % mais de 5,1 %". 

    Enfin, si le chômage a baissé en Allemagne passant de 9,5% en 2005 à 6,5% aujourd'hui, le système allemand a recours au travail à temps partiel et aux mini jobs. "L'absence de salaires minimum dans le secteur des services permet aux employeurs de payer les travailleurs moins de 5 euros de l'heure”, précise Le Figaro.

    C.M

     

  • A lire dans la presse

    Les riches grecs plaident “non coupable”

    23 novembre 2011

    Se sent-on coupable quand on est riche et Grec en 2011 demande Le Temps à un millionnaire exilé en Suisse et qui paie ses impôts rubis sur l'ongle à Genève ? Pas le moins du monde, répond sans complexe George Koukis, 58e fortune grecque : 

    La Grèce a apporté au monde les lumières de la civilisation, elle a développé le concept de philosophie, Platon et Aristote sont toujours étudiés dans les universités… et maintenant elle s se met à mendier pour permettre à certains de maintenir leur style de vie? Je ne leur donnerai pas un centime. Parce qu’il serait volé ou en tout cas mal utilisé. Même si tous les Latsis, Niarchos et autres Koukis du monde pouvaient régler la dette, cela ne changerait rien: 12 mois plus tard, l’ornière serait la même. Le problème de la Grèce, c’est que quatre ou cinq familles se sont succédé à sa tête. Conservatrices ou socialistes, elles ont siphonné des sommes énormes de son économie. Si les leaders n’ont pas de vision à long terme ni d’éthique, ils ne prennent que des décisions qui les feront réélire. 

    Pourquoi les Grecs ne paient pas leurs impôts ? : "Parce qu’ils ne font pas confiance au gouvernement".

    Les Grecs ne pourraient-ils pas s’inspirer de Warren Buffett, qui demande lui-même à être plus sévèrement taxé, interroge le quotidien suisse :

    J’admirais Warren Buffett jusqu’à ce que je me rende compte qu’il possède une partie de Moody’s et de Goldman Sachs ! C’est une hypocrisie totale: c’est sa compagnie qui dégrade les notes des économies et permet à des gens de se faire de l’argent en spéculant! Qui plus est, ceux qui sont en charge en Grèce et en Europe sont souvent des anciens de Goldman Sachs. Le premier ministre grec actuel, Lucas Papadémos, était en charge de la banque centrale à l’époque où Goldman Sachs s’est entendu avec les autorités du pays pour falsifier les comptes. C’est une trahison !

  • A lire dans la presse

    L’Allemagne est —encore — en train de suicider l’Europe

    22 novembre 2011

    Par des décisions absurdes ou honteuses, l'Allemagne et la France ont, à quatre reprises en un siècle, transformé l'Europe en champ de ruines, écrit Jacques Attali dans Slate.fr : "En 1914, toutes les deux ont participé à l’engrenage qui a conduit à la Première Guerre mondiale. En 1919, c’est la France, qui a pris la mauvaise décision en exigeant de l’Allemagne qu’elle paie le prix de la guerre. En 1933, c’est l’Allemagne qui a pris le mauvais chemin en choisissant Hitler comme chancelier. En 1936, c’est la France qui commit l’erreur de laisser le Führer réoccuper la Ruhr, ouvrant la voie à la deuxième tragédie du siècle, 1914."

    "Aujourd'hui, c’est de nouveau au tour de l’Allemagne de tenir dans sa main l’arme du suicide collectif du continent le plus avancé du monde" en refusant obstinément que la BCE rachète des obligations des pays en difficulté et de mutualiser les dettes européennes.

  • Marché Unique

    Mario Monti : “Les Etats doivent prendre leurs responsabilités”

    11 novembre 2011

    A l'occasion du Festival d'Europa, en mai dernier à Florence, Presseurop avait rencontré Mario Monti, pressenti comme successeur de Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement italien. Ancien commissaire européen, chargé du Marché intérieur puis de la Concurrence, Mario Monti est l'un des principaux spécialistes - et défenseurs - du marché unique européen. C'est à ce titre que le président de la Commission, José Manuel Barroso, lui a commandé un rapport en 2010 sur "Une nouvelle stratégie pour le marché unique". 

    Mario Monti estime-t-il que la remise en cause de certains principes du marché unique, comme la libre circulation, sont le produit de la crise actuelle, ou tient-elle d'une tendance plus profonde ? "Les difficultés économiques du moment évidemment y contribuent", répond-t-il, tout en déplorant une " tendance à vivre avec moins d'acceptation, moins d'enthousiasme" qu'au début du marché unique.

    Le président de l'Université Bocconi, à Milan, constate une "fatigue de l'intégration", qui s'est notamment manifestée lors des référendums français et néerlandais en 2005, et une "fatigue du marché en tant que tel". A l'occasion de la crise financière, "beaucoup se sont interrogés : L'économie de marché est-elle la bonne solution ?" "Evidemment, elle est la seule solution", assure l'ancien commissaire, même si son fonctionnement et sa supervision doivent être améliorées.

    La complexité du marché unique, tout comme des processus politiques et législatifs européens, contribuent souvent au désintérêt voir à l'euroscepticisme des Européens. "Il est difficile d'expliquer les bénéfices souvent invisibles mais réels du marché unique", concède Mario Monti. C'est pour cette raison, selon lui, qu'il faut "changer de façon ciblée certaines politiques pour le marché unique". "Beaucoup de mes suggestions font l'objet de propositions spécifiques de la Commission", se félicite l'auteur de la Nouvelle stratégie pour le marché unique.

    Reste à obtenir le soutien des Etats membres et de leurs dirigeants soumis à des échéances électorales ou des difficultés économiques. Comme s'il ne se faisait pas d'illusions, Mario Monti estime que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy doit consacrer une séance du Conseil au marché unique, "pour faire assumer une responsabilité visible au plus haut niveau de nos gouvernements." Dans ce cas, espère l'ancien commissaire, "il sera un peu moins facile de se démarquer et rester dans l'ombre" face à l'effort commun demandé pour la croissance, l'emploi et la solidité de l'euro à long terme".

    Quelques jours après l'annonce du plan d'aide au Portugal, et alors que la situation de la Grèce suscite beaucoup d'inquiétudes et de rumeurs sur sa sortie de la monnaie unique, l'Europe doit-elle craindre une aggravation de la crise ?

    "J'espère que le pire est derrière nous", veut croire Mario Monti, qui constate que "quoiqu'il arrive, l'Europe est maintenant dans une bien meilleure situation pour y faire face". Avec "une rapidité remarquable, elle a rattrapé ses retards" et dispose aujourd'hui d'une gouvernance "beaucoup plus efficace", se félicite l'ancien commissaire.

  • Diplomatie

    Langue de vipère contre langue de bois

    08 novembre 2011

    "Faut-il s'étonner qu'un accord entre les leaders de l'UE soit si difficile à atteindre ?", se demande ironiquement Bloomberg Business News, qui résume dans une infographie très pratique les noms d'oiseaux et autres épithètes que se sont échangés ces dernières semaines les dirigeants européens. On connaissait le penchant de Nicolas Sarkozy pour les avis tranchants sur ses homologues, ou la propention de Silvio Berlusconi à parler le coeur sur la main, mais, selon l'hebdomadaire new-yorkais, la langue de vipère est équitablement distribuée parmi nos gouvernants :

    Le Premier ministre britannique David Cameron a appellé le président français "un nain caché" lors d'une blague racontée à un journaliste. La chancelière allemande Angela Merkel parle de Sarkozy comme de "Mr. Bean", alors que Sarkozy la surnomme "La Boche". Le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero serait "trop rose" en raison de la forte proportion de femmes dans son cabinet, selon le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi. Et l'opinion de ce dernier sur l'euro ? "Un désastre", a-t-il dit, "qui a niqué tout le monde".

     

     

  • La Suisse, un ilôt de prospérité en Europe

    06 novembre 2011

    Exotique, la Suisse ? La question a de quoi surprendre s'agissant d'un pays situé au coeur du continent européen. Mais posée par Carrefour de l'Europe, l'émission de RFI présentée par Daniel Desesquelle, dans une édition spéciale présentée depuis le Centre culturel suisse de Paris, elle prend tout son sens. Car au-delà des clichés sur les votations et le secret bancaire, c'est un pays complexe et inattendu que l'on découvre. Une émission à réécouter sur le site de RFI.

    Partenaire de l'émission, Presseurop a contribué au débat avec un auto-portrait de la Suisse publié par Le Temps avant les élections du 23 octobre dernier. Où l'on découvre un pays prospère, à la fois sûr de lui et conscient de ses limites :

    “Une fois encore, la Suisse est le meil­leur élève de la classe en Europe”, proclamait le 4 octobre un communiqué de la Promotion économique ­du Grand Zurich. Avec sa monnaie flamboyante et ses statistiques insolentes – un dixième des milliardaires de la ­planète y habitent, ses ménages sont les plus fortunés du monde avec un patrimoine moyen de 250 000 francs suisses [200 000 euros environ] , la Suisse a retrouvé un statut qu’on croyait perdu depuis les an­nées 1990 : îlot de bien-être dans une Europe en crise, pôle de stabilité dans un univers en déliquescence. Alors que ­l’Occident tremble sous l’effet de la crise financière, que les Arabes versent le sang pour leur liberté et que l’Asie émergente bouleverse ­l’équilibre des puissances, les élections fédérales du 23 octobre vont s’y dérouler tranquillement, comme dans l’œil du cyclone.

    Une Suisse contente d’elle-même, qui estime avoir “fait tout juste” : cette thématique a imprégné la propagande des partis. Le retournement est spectaculaire quand on pense aux remises en question qui ont suivi la fin de la guerre froide : division passionnelle du pays sur la question européenne, longue période d’atonie économique… “Dans les années 1990, il y avait un énorme déficit de croissance, qui a donné l’impression que les choses allaient mieux dans le reste de l’Europe”, rappelle Gerhard Schwarz, le patron du centre de réflexion libéral Avenir suisse.

    Redresser la situation a été un effort de longue haleine. Cela a commencé avec le décloisonnement du marché intérieur et les privatisations, s’est poursuivi avec l’ouverture au marché européen, avant d’être parachevé avec la mise en œuvre d’une politique financière restrictive. “La Suisse a eu cette capacité de dire ‘stop, on dépense trop’ bien avant que la dette n’atteigne des niveaux catastrophiques”, observe l’économiste français Charles Wyplosz.

    Dès 2002, le frein aux dépenses, un mécanisme de stabilisation automatique du budget, a permis de casser l’envolée de la dette, avant de la faire chuter dès 2005. Copié en Allemagne, en Espagne, en Irlande – et jusqu’au Chili ou au Brésil –, ce système est devenu une référence dans le débat européen comme remède aux déficits publics qui minent le Vieux Continent. Si la Suisse inspire l’Europe, à l’intérieur du pays, les grandes visions des vingt ­dernières années ont subi un déclin radical. Enterrée par les partis gouvernementaux, l’adhésion à l’Union européenne apparaît comme une incongruité : moins de 20 % de la population la soutient encore. L’idée de réunir des cantons pour en faire de vastes régions eurocompatibles paraît morte. La modernisation du Conseil fédéral [l’exécutif, formé de sept membres] semble gelée pour l’éternité, ou peu s’en faut.

    Désormais, la petitesse, voire la mé­diocrité de certaines institutions apparaît comme une vertu. “On trouve même que le Conseil des Etats [l'équivalent du Sénat] est super”, s’étonne Jakob Tanner, alors que cette Chambre des ­cantons était depuis des décennies le symbole suprême de l’immobilisme.

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